QUELQUES VARIATIONS POUR DÉPLAIRE A FORCE GENS
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COMPLAINTE EN FORME D'ÉLÉGIE TOUCHANT L'ABSENCE DE MÉTAL PAR QUOI L'AUTEUR EST INCOMMODÉ
Je suis nu comme un sans chemise Qui n'aurait pas de suspensoir, Hélas! et je manque de mise Pour bloffer au pocker, le soir. Les demoiselles incongrues Qui, dans l'espoir de faire un vieux, Stationnent au coin des rues, Sur moi ne jettent plus les yeux. Pour moi, le veau mue en squelette Et les gargotiers irrités Enguirlandent sa côtelette D'un cresson d'incivilités. Ces bordeaux auxquels tu veux croire, Explorateur des tours Eiffel, N'abreuvent plus ma triste poire; Vichy me refuse du sel! Vous qui jamais ne vous privâtes Des luxes les plus onéreux, Qui buvez des copahivates Pour vos accidents amoureux; O philistins de toute robe, Économistes et cornards, Dites! quel océan dérobe Le clair lingot, parmi les nards? Où se cachent les effigies Qui, sur des écus variés, Constatent les pathologies Des potentats avariés? Où les Républiques augustes Mais à poils, inscrivant des lois Sur l'or des louis d'or, très justes Quand arrivent les fins de mois? Dis, le sais-tu, Clémence Isaure Dont les fleurs auraient eu le don De réjouir l'icthyosaure, D'estomaquer l'iguanodon? Et toi, Sarcey, bedaine vaste, Recteur de tous les odéons? Sarcey, ton Apollo dévaste L'âme des vieux accordéons. Le savez-vous, Ohnet, Lemaître, Toi, Jean Rameau, qui fais des vers Pentamètres dont chaque mètre Comme toi marche de travers? J'irai, fût-ce en Patagonie, Chercher ce reingold, oui, j'irai Sur la grande mer infinie, Car mon crédit est délabré. Et je préfère vos zagaies, Anthropophages batailleurs, Aux réclamations peu gaies Des mastroquets et des tailleurs.
INTIMITÉ
«Julia, a masturbationibus.»
Inscription du Columbarium d'Auguste.
Or Marpha Bableuska trônait en robe verte. —C'était bien peu de temps après la découverte Du téléphone et des pastilles Géraudel.— La Marpha paraissait un sujet de bordel. Ce néanmoins, et faisant trêve à leurs tapages, Les pessimistes et les rimailleurs—quels pages! Ornaient ses vendredis tumultueusement. Et Marpha qui goûtait des monceaux d'agrément Popinait au «Bas-Rhin»—luxe cardinalice! Elle dormait sous des tapis de haute lice Et le michet—qu'il fût Falstaff ou bien Hotspur, Trouvait, sous sa toilette, un bidet d'argent pur. On la payait trois francs, jusques à quatre même. Pour un tel prix, Fanchon qui d'aventure m'aime Fréquenterait avec le plus obscène juif. Les bottes de la dame étaient pleines de suif Et le beurre inondait ses épinards. On dit que, Pour les reins affaiblis du magistrat sadique Et le contentement des chanoines pansus, Tels flagellants secrets par ses mains étaient sus. Le pianiste Saut-du-Toit, que chacun gifle, Pour l'amour d'elle eût assumé quelque mornifle, Nonobstant les garçons du café Roy; Baju, Le stupide Baju qui dit: «Jé, Ji, Jo, Ju», Cet Anatole (si Baju!) que l'on encense, Tripudiait, affolé de concupiscence Quand elle éructait sur un chaudron de Gaveau. C'est pourquoi j'écris l'Art d'accommoder le Veau.
STANCES POUR LE NOUVEL AN
La belle dame de Paris Trottine par le brouillard gris Du matin, à pas de souris. Son manchon de loutre ou d'hermine Sur son nez rose, elle chemine D'une façon leste et gamine. Le trottoir est un lac gelé Où son talon ensorcelé Semble un papillon sur le blé. Point d'atours ni de fanfreluches; Mais, pour braver les coqueluches, La gamme sombre des peluches. La voilette rouge, sur ses Cheveux d'avoine mal lissés, Met des tons de pourpre foncés. Les Clymènes et les Zerlines Sur les potiches zinzolines, Du même air croquent des pralines. La printanière blondeur De sa gorgerette a l'odeur Amène de l'Iris-powder. Et son fin museau de belette Rit à souhait pour la palette De Fragonard ou de Willette. Depuis le Gymnase, où renaît Chaque soir monsieur George Ohnet, Jusqu'à Peters, on la connaît. Les hommes graves, par centaines, Gantent leurs plus belles mitaines Pour escorter ses pretantaines. Et, surgissant on ne sait d'où, Ce vieux coureur de guilledou, Le Soleil, vient baiser son cou. Or, cette dame qui s'avance Est celle qui, pour redevance, Nous apporte deuil ou chevance. Au gui l'an neuf! Le houx en fleur De Christmas à la Chandeleur S'épanouit, ensorceleur. Les rois des terres levantines Aux Porcherons chantent matines Et subornent les Valentines. La bûche flambe. Au gui l'an neuf! Tel un oisillon de son œuf, L'heure s'échappe. Trois! six! neuf! Douze! Et la flamme ranimée A travers la rose fumée, Exhale une âme parfumée. L'Espérance donne du cor Et, sur l'acier qui vibre encor, Fait tinter son cothurne d'or. O madame la jeune année, Par vous me soit encor donnée Une fleur de ma fleur fanée. Pour avoir repos et soulas, Faites germer en mon cœur las Le regain des premiers lilas.
DEUX SONNETS POUR ÊTRE DITS EN EXPECTANT «CLAUDICATOR»
I LE LIMAÇON
D'après l'illustre Chose.
L'insénescence de l'humide argent accule La glauque vision des possibilités Où s'insurgent, par telles prases abrités, Les désirs verts de la benoîte renoncule. Morsure extasiant l'injurieux calcul, Voici l'or impollu des corolles athées Choir sans trêve! Néant des sphinges Galathées Et vers les nirvânas, ô Lyre! ton recul! La Mort est un vainqueur loyal et redoutable. Aux vénéneux festins où Claudius s'attable Un bolet nage en la saumure des bassins. Mais, tandis que l'abject amphictyon expire, Éclôt, nouvel orgueil de votre pourpre, ô Saints, Le lis ophélial orchestré pour Shakespeare.
II VIRGO FELLATRIX
D'après Laurent Tailhade
La chasuble des Apostoles, Dans le cristal incendié Flamboie. Un Cœur supplicié Attend, Vierge, que tu l'extolles. D'or fin, la Lune, sous ton pié. Aux accents des luths, des citoles, L'Ange, «ceint de saintes étoles», Chante l'amour. O filiæ! Canonique! Mystique! Unique! Hors du triptyque, ta tunique Verse l'âme des Paradis. Toi, la Pudibonde, sans nulle Macule, j'ouvre la lunule Des ostensoirs où tu splendis!
DISTIQUES MOUS
La chauve-souris, à l'aile brune, Danse grotesquement sur la lune. Galope le lièvre. La rainette Verte pousse un mi de clarinette. Et, dans les fragrances du silence, La Nuit aux cheveux d'or se balance.
Rousse, de balsames attifée L'abricotier bleu t'ait décoiffée! Ton ventre, le nénuphar obscène, A pipé ma chair comme une seine: Et je chois sur le gazon des sentes: O les défaillances lactescentes!
Le cheiroptère à l'aile indécise Fuit la nue où Sélène est assise. Dormir, le lièvre. En des champs d'ivraie, Lamentent la sorcière et l'orfraie. Moi—tout seul—comme l'onocrotale, M'imbibe l'extase digitale.