← Table of contents
Au Hoggar

CONCLUSIONS

Reading edition

Dans ce travail l’étude géologique et morphologique du pays nous a permis de distinguer, dégager et définir un certain nombre de régions et sous-régions, un certain nombre « d’unités structurales ».

I. Les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois avec leur bord relevé à la périphérie constituant au Sud la Hamada de Tinghert et le Tademaït.

II. Le Massif Central Saharien comprenant :

1. Les Pays pré-tassiliens ;

2. L’Enceinte tassilienne avec :

a) Les Tassilis externes ;

b) Les Tassilis internes ;

3. Le Pays cristallin avec :

a) L’Avant-pays cristallin ;

b) Le Massif cristallin.

La distinction de ces unités de structure homogène nous paraît importante au point de vue géologique et géographique.

* * *

Nous avons indiqué par une rapide mise au point botanique et zoologique combien la distinction inspirée par les considérations géologiques et morphologiques entre les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois et le Massif Central Saharien était légitimée aussi par les caractères de la végétation et de la faune.

On constate un grand changement dans la flore quand l’on passe du Sahara arabe dans le pays targui.

On remarque en outre :

la concentration de la végétation persistante sur le réseau hydrographique auquel elle est étroitement limitée (sauf cas de sable, cas plutôt rare), alors qu’en pays crétacico-tertiaires (particulièrement atteints par la « maladie des sables ») la végétation persistante est largement diffuse ;

les caractères de cette flore persistante beaucoup moins adaptée à la sécheresse, donc beaucoup moins désertique que celle des pays crétacico-tertiaires ;

la conservation d’une flore persistante de pays humides et d’une faune dulcaquicole complète composées d’espèces survivantes, à représentants dispersés de temps beaucoup plus humides.

(Les autres massifs sahariens géologiquement et morphologiquement comparables, les autres massifs cristallins du « Faîte saharien », avec leurs enveloppes primaires, sont peut-être ainsi de même au point de vue zoologique et botanique en opposition avec les pays de calcaires secondaires ou tertiaires et de sables qui les entourent plus ou moins au Nord et au Sud).

* * *

C’est ainsi que la flore et la faune du Massif Central Saharien semblent témoigner de l’existence d’un passé humide au Sahara.

On peut croire que le réseau hydrographique du Sahara en disproportion avec l’activité actuelle des oueds est également un héritage de ce passé humide.

Et ainsi la flore, la faune du pays targui et le réseau hydrographique saharien fournissent un faisceau de raisons de croire qu’un passé humide a régné sur le Sahara.

Nous ne sommes pas le premier à émettre cette hypothèse, mais la question nous a paru ne pouvoir que gagner à une mise au point, appuyée souvent de précisions nouvelles.

Pour l’explication de ce passé humide, qui reste encore un point à éclaircir, nous avons cru devoir faire un exposé de la question de la mer saharienne car, au cas où des golfes méditerranéens et de l’Océan Atlantique auraient pénétré profondément le Sahara on s’expliquerait des précipitations atmosphériques plus considérables desquelles l’influence de volcans en activité et une plus grande élévation du Massif Central Saharien ne semblent des explications ni suffisantes, ni bonnes.

Et nous avons conclu que contrairement à l’opinion généralement admise actuellement la question n’est pas réglée définitivement et qu’on ne peut rejeter encore, sans éléments nouveaux, l’hypothèse des golfes sahariens.

* * *

Au cours de cet exposé par unités structurales, nous avons mis en lumière le rôle joué par les sédiments siluriens dans les formations de l’Enceinte tassilienne.

Nous avons montré que les Grès inférieurs des Tassilis internes sont plus anciens que les Schistes à Graptolithes (siluriens) et qu’ainsi toute une partie des Tassilis est plus ancienne qu’on ne le croyait.

Nous avons esquissé la carte générale d’affleurement de ces Schistes siluriens à Graptolithes et des Grès qui leur sont inférieurs.

Ces résultats ont une notable répercussion sur la géologie des vastes domaines de grès de l’Afrique Centrale et Occidentale française dont ils peuvent contribuer à démêler les traits par analogie.

Ces résultats permettent ainsi de croire que les sédiments siluriens jouent un rôle important dans ces immenses pays[100].

Nous avons également indiqué que l’on peut maintenant considérer les Schistes cristallins de l’Ahaggar comme plissés à l’époque algonkienne et comme eux-mêmes anté-cambriens.

On peut admettre également cet âge anté-cambrien pour les Schistes cristallins d’immenses régions du Sahara, ainsi que leur plissement à l’époque algonkienne, entre autres les régions de l’Adrar des Iforas, de l’Aïr, du Tibesti (la partie qui est en Schistes cristallins), de l’Eglab et d’Amseiga (au nord d’Atar, en Mauritanie).

Et c’est tout un « bouclier algonkien », un « faîte ancien » qui est révélé, le « Faîte saharien »[101].

Dans ces conclusions, nous n’irons pas plus avant dans la mise en relief des résultats scientifiques de notre exploration exposés au cours de ce travail.

Ceux-là, rappelés dans ces dernières lignes, suffisent déjà, croyons-nous, à légitimer la mission[102] scientifique en Sahara central au point de vue géologique, géographique et biologique dont nous avait chargé, en 1921, M. le Ministre de l’Instruction Publique.

Grenoble, le 15 mars 1924.

MASSIF CENTRAL SAHARIEN DE L’AHAGGAR Croquis Schématique de l’“ Enceinte Tassilienne ” par Conrad Kilian 1922 (Agrandissement)

Illustration from Au Hoggar: mission de 1922

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings