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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12

Note (retour) — DE LORD BYRON. (continued 2)

Paulin Paris translation

»L'homme qui est exilé par une faction a la consolation de penser qu'il est un martyr; il est soutenu par l'espérance, et par la dignité de la cause, réelle ou imaginaire, qu'il a embrassée. Celui qui se retire pour dettes peut se reposer dans l'idée que le tems et la prudence relèveront ses affaires; celui qui est condamné par la loi n'a qu'un bannissement à terme, et en rêve l'abréviation, ou bien, peut-être, il connaît ou suppose quelque injustice dans la loi, ou dans l'application de la loi à son égard. Mais celui qui est proscrit par l'opinion générale, sans l'intermède d'une politique ennemie, d'un jugement illégal, ou d'affaires embarrassées, doit, innocent ou coupable, supporter toute l'amertume de l'exil, sans espoir, sans orgueil, sans allégement. Ce dernier cas fut le mien. Sur quels motifs le public fonda-t-il son opinion? je l'ignore; mais cette opinion fut générale et décisive. On ne savait rien de moi, sinon que j'avais composé ce qu'on appelle de la poésie, que j'étais noble, que je m'étais marié, que j'étais devenu père, et que j'avais eu des différends avec ma femme et ses parens, on ne savait pourquoi, puisque les personnes plaignantes refusaient d'articuler leurs griefs. Le monde fashionable75 se divisa en partis, et mon parti ne consista qu'en une très-faible minorité; le monde raisonnable se rangea naturellement du plus fort côté, qui se trouva être celui de lady Byron. La presse fut active et ignoble; et telle fut la rage du tems, que la malheureuse publication de deux pièces de vers, plutôt louangeuses que défavorables à l'égard des personnes qui en étaient le sujet, fut métamorphosée en une espèce de crime par la torture de l'interprétation. Je fus accusé des vices les plus monstrueux par la rumeur publique et la rancune particulière: mon nom, qui avait été un nom chevaleresque et noble depuis que mes pères avaient aidé Guillaume-le-Normand dans la conquête de son royaume, mon nom, dis-je, fut taché. Je sentis que si ce qu'on chuchotait, grommelait et murmurait, était vrai, je n'étais plus bon pour l'Angleterre; que si c'était faux, l'Angleterre n'était plus bonne pour moi. Je me retirai: mais ce n'était pas assez. Dans d'autres pays, en Suisse, à l'ombre des Alpes, et près de l'azur profond des lacs, je fus poursuivi et atteint par le même fléau. Je franchis les montagnes, mais ce fut la même chose; alors j'allai un peu plus loin, et m'établis près des flots de l'Adriatique, comme le cerf aux abois s'enfuit dans les eaux.

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