Note 23 — DE LORD BYRON.
Paulin Paris translation
Note 23:
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Le passage suivant est la traduction qu'a tentée Lord Byron de ce touchant récit, et tous les lecteurs jugeront que c'est un des exemples dans lesquels la poésie est forcée de céder la palme à la prose. Il y a dans la dernière phrase de la relation originale un sublime que les artifices de la mesure et de la rime affaiblissent nécessairement, et que nuls vers, quelles que soient leurs beautés, ne sauraient exprimer avec moitié autant de force et de naturel.
87. Dans cette déplorable troupe, il y avait deux pères et avec eux les deux fils. L'un de ceux-ci paraissait le plus robuste et le mieux portant; il mourut des premiers. À l'instant de sa mort, son plus proche voisin en avertit le père, qui dit, en jetant les yeux sur lui: «Je n'y puis rien, la volonté de Dieu soit faite!» Et sans une larme ou soupir, il vit jeter son corps à la mer.
88. Le second père avait un fils plus faible, aux joues décolorées, au maintien délicat. Ce jeune homme résista long-tems, et se roidit contre sa destinée avec une patiente tranquillité d'esprit. Il parlait peu, et de tems en tems il souriait pour alléger le poids des mortelles pensées qui oppressaient d'autant plus le cœur de son père, qu'il voyait son fils les supporter comme lui.
89. Penché sur son corps, le père ne levait pas les yeux de dessus son visage; il essuyait l'écume qui couvrait ses lèvres, et n'avait d'attention que pour lui. Quand la pluie tant désirée vint enfin à tomber, et que les yeux de l'enfant, déjà demi-voilés d'une membrane épaisse, vinrent à briller et à remuer pour un instant, il exprima quelques gouttes de pluie dans sa bouche expirante:--ce fut en vain.
90. L'enfant mourut.--Le père demeura long-tems attaché sur son corps; mais enfin, quand la mort se montra à découvert, et que le poids insensible pressé contre son cœur ne lui donna plus de mouvement ni d'espérance, il ne le perdit pas des yeux, jusqu'au moment où une vague impitoyable éloigna le corps du lieu d'où il avait été jeté. Alors il tomba lui-même roide et glacé, ne donnant d'autre signe de vie que l'agitation convulsive de ses jambes.
Le lecteur trouvera le récit de la perte de la Junon dans la Collection des naufrages et désastres maritimes, à laquelle Lord Byron eut habilement recours, pour y puiser les connaissances techniques et les circonstances de sa belle description.