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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 09

Note (retour) — DE LORD BYRON. (continued 3)

Paulin Paris translation

«Avant que je n'eusse vingt ans, ma mère voulait absolument que je ressemblasse à Rousseau, madame de Staël en disait autant en 1813, et il y a quelque chose de cela dans la Revue d'Édimbourg, dans l'article critique sur le quatrième chant de Childe-Harold. Pour ma part, je ne puis voir aucun point de ressemblance: il écrivait en prose et moi en vers; c'était un homme du peuple, et moi de l'aristocratie; il était philosophe, et je ne le suis point; il publia son premier ouvrage à quarante ans, et moi à seize: son premier essai lui attira les applaudissemens universels, le mien m'attira tout le contraire: il épousa sa gouvernante, je n'ai pas pu vivre avec ma femme 102: il pensait que tout le monde conspirait contre sa personne, moi c'est mon petit monde qui croit que je conspire contre lui, si j'en peux juger par les injures que me prodiguent la presse et les coteries. Il aimait la botanique, j'aime les fleurs, les herbes et les arbres, mais je ne sais rien de leur histoire. Il a composé de la musique, je n'en connais que ce que l'oreille me permet de saisir. Je n'ai jamais pu rien apprendre par l'étude, pas même une langue: tout ce que je sais, je le dois à la routine, à l'oreille et à la mémoire, qu'il avait mauvaise, et que j'ai ou plutôt j'avais excellente, demandez plutôt au poète Hodgson, bon juge en cette matière, car il en a lui-même une étonnante. Il écrivait avec hésitation et travail, moi j'écris rapidement et presque toujours sans efforts. Il ne sut jamais monter à cheval, nager ni faire des armes, moi je suis un excellent nageur, un décent, si ce n'est un brillant cavalier, m'étant enfoncé une côte au manége à l'âge de dix-huit ans. Je maniais assez bien les armes, particulièrement l'espadon des montagnards; je n'étais pas non plus un mauvais boxeur, quand je pouvais conserver mon sang-froid, ce qui était difficile, mais ce que je me suis toujours efforcé de faire depuis que (avec les gants) je renversai M. Purling, et lui démis la rotule, en 1806, dans la salle d'Angelo et Jackson. J'étais aussi assez fort à la balle crossée et l'un des onze champions de Harrow, qui soutinrent un défi, en 1805, contre Éton. En outre, le genre de vie de Rousseau, son pays, ses mœurs, l'ensemble de son caractère, offrent avec moi de si grandes différences, que je ne puis comprendre comment une telle comparaison a pu être faite trois fois, et toujours d'une manière si remarquable. J'oubliais encore de dire qu'il avait la vue courte, et que jusqu'ici la mienne a été tout le contraire, au point qu'au plus grand théâtre de Bologne, je distinguai certain buste et lus certaines inscriptions sur le bord de la scène, bien que placé dans la loge la plus éloignée et la plus sombre. Quoiqu'il y eût dans cette même loge plusieurs personnes jeunes et y voyant bien, elles ne pouvaient reconnaître une seule lettre, et crurent d'abord que c'était une plaisanterie, quoique je ne fusse jamais entré dans ce théâtre auparavant. Somme toute, je crois avoir raison de trouver la comparaison mal fondée. Je ne le dis pas par humeur, car Rousseau était un grand homme, et la chose, si elle était vraie, serait assez flatteuse; mais je ne trouve point de plaisir dans une pure chimère.»

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