Note (retour) — ACTE V.
Paulin Paris translation
Le Doge de Venise, qui avait prévu par ce traité une guerre non moins dangereuse que celle qu'il avait terminée presque en même tems par le traité de Lodi, était alors parvenu à une extrême vieillesse. François Foscari occupait cette première dignité de l'état dès le 13 avril 1423. Quoiqu'il fût déjà âgé de plus de cinquante-et-un ans à l'époque de son élection, il était cependant le plus jeune des quarante-et-un électeurs. Il avait eu beaucoup de peine à parvenir au rang qu'il convoitait, et son élection avait été conduite avec beaucoup d'adresse. Pendant plusieurs tours de scrutin ses amis les plus zélés s'étaient abstenus de lui donner leur suffrage, pour que les autres ne le considérassent pas comme un concurrent redoutable 24. Le conseil des Dix craignait son crédit parmi la noblesse pauvre, parce qu'il avait cherché à se la rendre favorable, tandis qu'il était procurateur de Saint-Marc, en faisant employer plus de trente mille ducats à doter les jeunes filles de bonne maison, ou à établir de jeunes gentilshommes. On craignait encore sa nombreuse famille; car alors il était père de quatre enfans, et marié de nouveau; enfin on redoutait son ambition et son goût pour la guerre. L'opinion que ses adversaires s'étaient formée de lui fut vérifiée par les événemens; pendant trente-quatre ans que Foscari fut à la tête de la république, elle ne cessa point de combattre. Si les hostilités étaient suspendues durant quelques mois, c'était pour recommencer avec plus de vigueur. Ce fut l'époque où Venise étendit son empire sur Brescia, Bergame, Ravenne et Crême; où elle fonda sa domination de Lombardie, et parut sans cesse sur le point d'asservir toute cette province. Profond, courageux, inébranlable, Foscari communiqua aux conseils son propre caractère; et ses talens lui firent obtenir plus d'influence sur la république que n'avaient exercé la plupart de ses prédécesseurs. Mais si son ambition avait eu pour but l'agrandissement de sa famille, elle fut cruellement trompée: trois de ses fils moururent dans les huit années qui suivirent son élection; le quatrième, Jacob, par lequel la maison Foscari s'est perpétuée, fut victime de la jalousie du conseil des Dix, et empoisonna par ses malheurs les jours de son père 25.