Note (retour) — MISCELLANÉES.
Paulin Paris translation
3. Encore un effort, et je suis délivré des angoisses qui déchirent mon cœur: encore un long soupir, pour la dernière fois, à l'amour et à toi; puis rentrons dans le tourbillon de la vie. Il me convient fort de me mêler maintenant aux choses qui m'avaient toujours déplu auparavant: quoique toute joie ait été ensevelie avec toi, quel chagrin désormais peut me toucher? Allons, servez-moi du vin, servez le banquet, l'homme n'est pas fait pour vivre seul: je serai cette légère et incompréhensible créature qui sourit avec tous, et ne pleure avec personne. Il n'en fut point ainsi dans des jours plus chers à mon cœur, il n'en aurait jamais été ainsi; mais tu m'as quitté, et m'as laissé seul ici-bas: tu n'es plus rien, tout n'est rien désormais pour moi. En vain mon luth voudrait produire un léger murmure! Le sourire que la douleur essaiera de feindre ne fait qu'insulter à la misère qui gémit à côté, comme ferait une guirlande de roses sur un sépulcre. Quoique de gais compagnons, le verre en main, chassent un instant le sentiment du malheur; quoique le plaisir embrase l'ame délirante, ah! le cœur--le cœur est toujours vide 143! Maintes fois, dans la solitude d'une belle nuit, il me fut doux de fixer mon regard sur la voûte étoilée; car alors je songeais que la lumière céleste brillait d'un gracieux éclat à ton œil mélancolique. Souvent, lorsqu'à la clarté des rayons de Diane 144 je naviguais sur les ondes de la mer Égée, je pensais en moi-même: «A présent Thyrza contemple cette lune.»--Hélas! cette lune éclairait la tombe de Thyrza! Étendu sur le lit sans sommeil de la fièvre, tandis que le frisson parcourait mes veines palpitantes: «C'est du moins une consolation, disais-je d'une voix faible, que Thyrza ne sache pas mes souffrances.» Comme la liberté à l'esclave usé par les ans n'est plus qu'un présent stérile, ainsi la nature me rendit en vain à la vie quand Thyrza eut cessé de vivre. Gage d'amour, que je reçus de ma Thyrza dans des jours meilleurs, alors que j'étais également neuf dans l'amour et dans la vie, comme mon regard te trouve aujourd'hui changé! comme le tems a jeté sur toi une teinte de douleur! Le cœur qui se donna avec toi est muet.--Ah! pourquoi le mien ne jouit-il pas du même repos? aussi glacé qu'un cœur mort le peut être, il sent encore, il souffre de ce froid. Et toi, gage amer! emblême de deuil! je te bénis malgré tes pénibles souvenirs! reste à jamais sur mon sein! veille, veille à jamais sur mon amour, ou brise le cœur que tu presses! L'amour est apaisé par le tems, mais non détruit: il devient plus sacré quand toutes ses espérances sont envolées. Oh! que sont les amours de mille beautés vivantes à l'amour qui ne peut délaisser une cendre!