Note (retour) — POÈTES ANGLAIS
Paulin Paris translation
Maintenant passons au drame: quel spectacle varié! quelles scènes précieuses invitent tour à tour les yeux étonnés! Des jeux de mots, un prince renfermé dans un tonneau 482, et l'absurde ouvrage de Dibdin donnant au public une satisfaction complète. Bien qu'aujourd'hui, grâces au ciel! la rosciomanie soit passée, et que l'on veuille bien de nouveau souffrir sur la scène des acteurs parvenus à l'âge d'homme 483; à quoi bon s'efforcer de plaire aux critiques anglais, quand ils laissent passer de pareilles pièces! quand Reynolds nous prodigue impunément ses jurons et ses interjections perpétuelles, confondant à la fois les lieux communs et le sens commun; quand le public, laissant le monde de Kenny aller jusqu'à la fin, donne une preuve de son indulgence excessive; quand Beaumont nous offre, dans son Caractacus volé, une tragédie complète en tout, le poème excepté 484. Qui pourrait ne pas gémir quand de telles pièces font fureur, quand notre théâtre est ainsi avili et dégradé! Dieux puissans! Tous les sentimens de pudeur, tous les talens sont-ils donc éteints? N'avons-nous plus aucun poète de mérite vivant?... Aucun? Réveillez-vous, Georges Colman, Cumberland, réveillez-vous! Sonnez la cloche d'alarme; que la sottise frissonne! Oh Shéridan! Si quelque chose peut émouvoir ta plume, fais que la comédie remonte sur son trône, abjure les momeries de l'école allemande, laisse de nouveaux Pizarres à de sots traducteurs, donne un dernier souvenir à tes contemporains, un drame classique, et réforme le théâtre. Dieux puissans! La sottise osera-t-elle lever la tête en maîtresse sur ce théâtre où Garrick s'est montré, où Kemble vit encore pour se montrer? La farce y osera-t-elle revêtir encore son masque ignoble? Hooke viendra-t-il y cacher encore ses héros dans un baril? De judicieux directeurs offriront-ils toujours au public Cherry, Skeffington et ma mère l'Oie, tandis que Shakspeare, Otway, Massinger oubliés, pourrissent à l'étalage des bouquinistes ou sur les rayons de quelques bibliothèques? Là, avec quelle pompe les journaux quotidiens proclament les noms des dignes rivaux qui se disputent aujourd'hui la gloire dramatique! Quoique les spectres de Lewis fassent d'effrayantes grimaces, cependant Skeffington et la mère l'Oie partagent le prix avec lui. Et certes le grand Skeffington a droit à nos applaudissemens, pour ses habits sans basques et ses squelettes de pièces également renommés; lui dont le génie ne se borne pas à fournir des sujets aux décorations magiques de Greenword 485, qui ne s'endort pas après avoir fait la Belle au bois dormant, mais qui vient de produire les cinq actes d'une tragédie ronflante 486. Cependant, frappé de la beauté des décors, John Bull se demande ce que tout cela veut dire, et comme il voit quelques amateurs gagés applaudir, John Bull applaudit aussi, pour éviter de s'endormir tout-à-fait.