Note (retour) — POÈTES ANGLAIS
Paulin Paris translation
Et toi aussi, Scott 512, laisse à des ménestrels sans art le sauvage cri de guerre de quelques maraudeurs des frontières; laisse-les filer péniblement des vers qui leur sont payés à l'avance: le génie ne doit point connaître d'autres inspirations que celles qu'il trouve en lui-même. Laisse Southey chanter, quoique sa muse féconde, enflant chaque corde, soit toujours trop prolixe. Laisse le simple Wordsworth faire ronfler ses vers bons pour les enfans; laisse son confrère Coleridge endormir les nourrissons entre les bras de leur nourrice. Laisse le grand faiseur de spectre, Lewis, se proposer pour tout but d'exciter les ravissemens de la galerie, ou de faire sortir une ombre du tombeau. Laisse Moore se livrer à ses compositions libertines; laisse Strangford voler Moore, et jurer que Camoëns a autrefois composé de tels chants. Laisse Haley continuer ses vers boiteux, Montgomery s'abandonner à sa folie furieuse, le pieux Grahame psalmodier ses stupides versets, Bowles polir ses sonnets trop nombreux, s'attendrir et se pâmer au quatorzième vers; laisse enfin Carlisle 513, Matilda, le reste des poètes de Grub-street, et les meilleurs de Grosvenor-square, écrivailler jusqu'à ce que la mort nous en délivre, ou que le sens commun outragé reprenne ses droits. Mais toi, dont les talens n'ont pas besoin d'être encouragés par des éloges, tu devrais laisser à des poètes inférieurs d'ignobles lais; la voix de ton pays, la voix des neuf Muses demandent une harpe sacrée... cette harpe c'est la tienne. Dis-moi, les annales de la Calédonie ne t'offriront-elles pas les glorieux souvenirs de quelques combats plus nobles que les viles incursions de quelques clans de maraudeurs, dont les exploits les plus magnifiques sont une disgrâce pour le nom d'homme, ou que les obscurs faits d'armes de Marmion, qui figureraient plus convenablement dans des contes, comme ceux de Robin Hood? Écosse, sois encore fière du poète à qui tu as donné le jour: que tes éloges soient sa première, sa plus belle récompense! Que sa gloire toutefois ne soit pas confinée dans sa patrie, que le monde entier soit plein de sa renommée: que ses ouvrages soient connus quand Albion aura cessé d'exister, qu'ils soient là pour dire ce qu'elle était; qu'ils perpétuent le souvenir de sa gloire chez les races futures; qu'ils fassent survivre le nom de sa patrie, même quand sa patrie ne sera plus.