Note (retour) — POÈTES ANGLAIS
Paulin Paris translation
Mais la petite pièce est jouée, le rideau tombe, les spectateurs montent à leur tour sur le théâtre; les douairières circulent autour de la salle, tandis que leurs filles, plus que légèrement vêtues, s'abandonnent aux charmes de la valse. Les unes se promènent majestueusement, les autres déploient sans contrainte l'élégance de leurs formes; celles-ci réparent à force d'art, pour les enfans débauchés de l'Hibernie, les charmes que le tems n'a pas épargnés, celles-là cherchent à captiver quelque époux, et, dans leurs manières effrontées, ne laissent que peu de mystères pour la nuit nuptiale! Oh! asile heureux de l'infamie et de l'aisance, où l'on oublie tout, excepté le pouvoir de plaire; chaque jeune fille peut s'abandonner aux pensées qui la dominent, chaque galant peut enseigner ou apprendre de nouveaux systèmes. Le jeune officier, récemment revenu des guerres d'Espagne, coupe élégamment le paquet de cartes, ou proclame le point qu'il vient d'amener aux dés. L'aimable joueur est assis, il a amené sept, ou... c'est fait... mille livres sterling pariées sur la levée. Si la perte dérange votre cerveau, si vous commencez à être fatigué de l'existence, si toutes vos espérances sont évanouies, tous vos désirs éteints, les pistolets de Powell 489 sont là tout prêts à vous délivrer de la vie, ou bien encore vous pouvez épouser quelque lady Paget. Fin digne de la carrière de l'homme du monde; la folie y a marqué nos premiers pas, nous l'achevons dans la disgrâce et la honte. Ne voir à son lit de mort que des domestiques mercenaires, pour laver nos plaies saignantes et recevoir notre dernier souffle, calomniés par des imposteurs, oubliés du reste des hommes, victimes d'une querelle née dans une orgie nocturne, vivre comme Clodius 490 pour tomber comme Falkland 491! Vérité! suscite un vrai poète, guide sa main, pour extirper de notre pays cette peste contagieuse. Même moi, l'homme le moins penseur de ce siècle, où l'on pense si peu, moi qui n'ai que juste assez de sens pour voir ce qui est bien et faire ensuite ce qui est mal, moi qui, laissé sans guide à l'âge où la raison n'est pas encore formée, ai eu à chercher mon chemin à travers les routes fleuries des passions, attiré tour à tour vers tous les plaisirs, et que tous les plaisirs ont abandonné après m'avoir séduit; moi-même, je suis forcé d'élever la voix, de sentir que de telles scènes et de tels hommes sont des fléaux destructeurs du bien public! Quand bien même quelqu'ami, blâmant mon zèle, viendrait me dire: «Insensé présomptueux, en quoi es-tu donc meilleur que ces hommes?» et que mes anciens compagnons de débauche s'écrieraient au miracle, et riraient de me voir devenu moraliste, qu'importe? Quand quelque poète, fort de ses vertus personnelles, Gifford peut-être, daignera faire entendre les mâles accens d'une satire vengeresse, alors, ma plume, tu te reposeras pour toujours! et ma voix ne se fera entendre que pour le féliciter et me réjouir de son triomphe. Oui, je lui apporterai le faible hommage de mes éloges; oui, je me réjouirai, quand bien même je serais atteint moi-même de son fouet vengeur.