Note (retour) — POÈTES ANGLAIS
Paulin Paris translation
Qu'habile dans tous les arts qui adoucissent les mœurs, en corrompant le cœur, l'Ausonie inonde la ville de folies exotiques, pour sanctionner le vice et détruire le décorum; que nos dames mariées se pâment devant le danseur Deshayes, savourant d'avance les espérances que font concevoir ses formes athlétiques, tandis que Gayton bondit devant les yeux enchantés de nos vieux marquis et de nos jeunes ducs; que des libertins de bonne maison contemplent avec ivresse la séduisante Presle, dont les membres s'agitent sous un voile transparent; qu'Angiolini étale à nos regards son sein aussi blanc que la neige, qu'elle déploie en mesure ses bras si blancs, qu'elle se balance avec grâce sur l'extrémité de son orteil flexible; que Collini, montrant son cou d'albâtre, fasse entendre des cadences savantes, des accens qui respirent l'amour et charment les auditeurs transportés! ne levez pas votre faux vengeresse, redresseurs des vices, saints réformateurs, trop délicats et trop austères! vous qui, pour sauver nos ames pécheresses, avez rendu ces beaux décrets qui font qu'on ne voit plus de barbiers raser le dimanche, ni de bière mousser sur les bords d'un pot d'étain. Nos barbes non faites, nos pots à bière secs sont là pour attester votre respect religieux pour le saint jour du sabbat. Je vous salue à la fois, patron et séjour du vice et de la folie, Greville et Argyle 488! Dans ce palais superbe, temple révéré de la mode, dont les vastes portiques s'ouvrent à des adorateurs, si mélangés, voyez le moderne Pétrone, l'arbitre du goût et des plaisirs! Là vous trouverez l'eunuque qui chante, à prix d'argent, les chœurs de l'Hespérie, la flûte ravissante, la lyre douce et lascive, les chants de l'Italie, les danses de la France, les orgies nocturnes, la valse, le sourire de la beauté, le vermillon que donne le jus de la grappe; tout cela pour des fats, des fous, des joueurs, des coquins et des lords mêlés ensemble: chacun trouve de quoi flatter ses goûts... Comus leur accorde tout, le champagne, le jeu, la musique et les femmes de leurs voisins. Enfans affamés du dieu du commerce, ne nous parlez pas d'une ruine qui est votre propre ouvrage. Mollement couchés au soleil enivrant de l'abondance, les enfans gâtés de la fortune ne se figurent point la pauvreté, si ce n'est comme un costume de fantaisie dans une mascarade, quand un âne nouvellement arrivé à la pairie prend pour un bal de nuit le costume de mendiant, qui fut peut-être l'habit ordinaire de son aïeul.