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Vie de Benjamin Franklin, écrite par lui-même - Tome 2

CONTE.

Jean-Henri Castéra translation

Jacques Montresor étoit un brave officier, point bigot mais très-honnête homme. Il tomba malade. Le curé de sa paroisse croyant qu'il alloit mourir, courut chez lui, et lui conseilla de faire sa paix avec Dieu, afin d'être reçu en paradis.

«Je ne suis pas inquiet sur cela, lui dit Montresor; car j'ai eu, la nuit dernière, une vision, qui m'a tout-à-fait tranquillisé».—Et qu'est-ce que cette vision, demanda le bon curé?—«J'étois, répliqua Montresor, à la porte du paradis, avec une foule de gens, qui vouloient entrer. Saint-Pierre leur demanda de quelle religion ils étoient.—Je suis catholique romain, répondit l'un.—Eh bien! entrez et prenez votre place parmi les catholiques, lui dit Saint-Pierre.—Un autre cria qu'il étoit de l'église anglicane.—Placez-vous avec les anglicans, répondit le Saint.—Moi je suis quaker, dit gravement un troisième.—Entrez où sont les quakers, fut la réponse de l'apôtre.—Enfin, il me demanda quelle étoit ma religion.—Hélas! lui répondis-je, le pauvre Jacques Montresor n'en a malheureusement aucune.—C'est dommage, dit Saint-Pierre. Je ne sais où vous placer: mais entrez toujours; vous vous mettrez où vous pourrez73».

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