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Victor Hugo à vingt ans

Note 10 — I

Reading edition

Le Conservateur littéraire. A Paris, chez Anthe. Boucher, imprimeur-éditeur, rue des Bons-Enfants, nº 34.

Décembre 1819-mars 1821; 30 livraisons formant 3 volumes in-8º.

En épigraphe, au-dessous du titre, à partir de la seconde livraison:

... Fungar vice cotis acutum Reddere quæ ferrum valet, exsors ipsa secandi.

(Hor.)

Il faut lire en quels termes le brave M. Agier, qui, en 1816, avait été président des Francs régénérés, encourageait dans le Conservateur, dont le Conservateur littéraire cuidait être le supplément, les débuts de ses jeunes confrères:

«Il y a dans cette honorable entreprise quelque chose de plus intéressant, de plus touchant encore, c'est son motif, dont MM. Hugo, que nous n'avons point l'avantage de connaître, nous pardonneront de révéler ici le secret. L'éducation de ces intéressants jeunes gens a été dirigée par une mère distinguée, qui a pensé de bonne heure que de bons principes et des talents formaient la seule fortune qui pût être à l'abri des révolutions, la seule arme avec laquelle on pût ne pas se défendre de l'envie, de la calomnie, mais la braver. Maintenant, fils reconnaissants, ils essaient d'acquitter une dette aussi sacrée que douce. Ils doivent à leur mère une seconde vie: ils veulent soutenir, embellir la sienne; et pour y parvenir, ils unissent la fraternité du talent à la fraternité du sang. Heureux jeunes gens d'avoir une mère qui ait senti le prix de l'éducation! Heureuse mère de voir ainsi couronner ses soins! Outre l'utilité et la bonne rédaction du Conservateur littéraire, c'est donc la piété filiale et maternelle qui le recommande à tous les amis des lettres et du bien....» (Le Conservateur, tome VI, 1820, p. 465). Ce passage a été reproduit par M. Ch.-M. Des Granges dans son très intéressant volume: La Presse Littéraire sous la Restauration dont nous avons souvent mis à profit la précieuse documentation.

M. Agier ne se contentait point d'être pompier; en mars 1815 il avait troqué sa robe de substitut du procureur général, pour l'uniforme de capitaine d'une compagnie de volontaires royaux!

Quant au légitimisme ultra du Conservateur littéraire, la disparition de son aîné, en 1820, ne l'affaiblit en rien, et dans la préface du tome II (avril 1820), les «intéressants jeunes gens», que louait si fort M. Agier, de clamer sur le mode majeur leurs opinions:

«Nous continuerons donc de servir autant qu'il sera en nous le trône et la littérature; trop heureux si nous pouvons ranimer le goût des lettres et éveiller de jeunes talents; plus heureux encore, si nous pouvons propager le royalisme et convertir aux saines doctrines de généreux caractères!.....

«Enfin, puisque notre redoutable aîné, le Conservateur, a cessé de paraître, nous promettons de conserver intact l'héritage de saints principes qu'il nous a légués avec son titre; nous espérons que ses honorables rédacteurs reconnaîtront entre eux et nous une confraternité, sinon de talent, du moins de zèle et d'opinions; et nous croyons dire assez quel haut prix nous attachons à ce titre de royalistes, en ajoutant que cette seconde confraternité ne nous paraît pas moins glorieuse que la première.»

Cf: Ch.-M. Des Granges: Le Romantisme et la Critique.—La Presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830. Paris, Société du Mercure de France, 1907, in-8º, de 386 pp.

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