Front matter (continued 3)
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Comme elle sortait d'un des abîmes, Eblis se présenta à ses regards. Mais malgré tout l'imposant de sa majesté, elle ne perdit pas contenance, et lui fit même son compliment avec beaucoup de présence d'esprit: ce superbe Monarque lui répondit: Princesse, dont les connaissances et les crimes méritent un siége élevé dans mon empire, vous faites bien d'employer le loisir qui vous reste; car les flammes et les tourments qui s'empareront bientôt de votre cœur, vous donneront assez d'occupation. En disant ces mots, il disparut dans les draperies de son tabernacle.
Carathis resta un peu interdite; mais résolue d'aller jusqu'au bout, et de suivre le conseil d'Eblis, elle assembla tous les chœurs des Ginns, et tous les Dives pour en recevoir les hommages. Elle marchait ainsi en triomphe, à travers une vapeur de parfums, et aux acclamations de tous les Esprits malins dont la plupart étaient de sa connaissance. Elle allait même détrôner un des Solimans pour prendre sa place, quand une voix sortant de l'abîme de la mort, cria: Tout est accompli! Aussitôt le front orgueilleux, de l'intrépide Princesse se couvrit des rides de l'agonie; elle jeta un cri douloureux, et son cœur devint un brasier ardent: elle y porta la main pour ne l'en retirer jamais.
Dans cet état de délire, oubliant ses vues ambitieuses et sa soif des sciences qui doivent être cachées aux mortels, elle renversa les offrandes que les Ginns avaient déposées à ses pieds; et maudissant l'heure de sa naissance et le sein qui l'avait portée, elle se mit à courir pour ne plus s'arrêter, ni goûter un moment de repos.
A peu près dans ce même temps, la même voix avait annoncé au Calife, à Nouronihar, aux quatre Princes et à la Princesse, le décret irrévocable. Leurs cœurs venaient de s'embraser; et ce fut alors qu'ils perdirent le plus précieux des dons du ciel, l'espérance! Ces malheureux s'étaient séparés en se jetant des regards furieux. Vathek ne voyait plus dans ceux de Nouronihar que rage et que vengeance; elle ne voyait plus dans les siens qu'aversion et désespoir. Les deux Princes amis, qui jusqu'à ce moment s'étaient tenus tendrement embrassés, s'éloignèrent l'un de l'autre en frémissant. Kalilah et sa sœur se firent mutuellement un geste d'imprécation. Tous, par des contorsions effroyables et des cris étouffés, témoignèrent l'horreur qu'ils avaient d'eux-mêmes: tous se plongèrent dans la foule maudite pour y errer dans une éternité de peines.
Tel fut, et tel doit être le châtiment des passions effrénées, et des actions atroces; telle sera la punition de la curiosité aveugle, qui veut pénétrer au-delà des bornes que le Créateur a mises aux connaissances humaines; de l'ambition, qui, voulant acquérir des sciences réservées à de plus pures intelligences, n'acquiert qu'un orgueil insensé, et ne voit pas que l'état de l'homme est d'être humble et ignorant.
Ainsi le Calife Vathek, qui, pour parvenir à une pompe vaine, et à une puissance défendue, s'était noirci de mille crimes, se vit en proie à des remords, et à une douleur sans fin et sans borne; ainsi l'humble, le méprisé Gulchenrouz, passa des siècles dans la douce tranquillité et le bonheur de l'enfance.
FIN.