Note 309 — Le Louis d'or[301].
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«Mais, pour ne m'arrêter pas davantage, il faut que je t'apprenne que j'ai presque couru toute la terre, que j'ai été sequin en Turquie, mouton à la grand-laine[309], noble à la rose[310] et jacobus en Angleterre, double ducat en Espagne; et que je te pourrois compter mille sortes de choses; mais j'aime bien mieux qu'on m'accuse d'avoir oublié beaucoup que d'avoir trop dit. Il me suffira donc de t'apprendre qu'après toutes ces aventures, comme je semblois être destiné au service des dames, je fus remis en œuvre et fus employé en une paire de pendans d'oreilles. Je ne fus pas plutôt en cet état, que je benissois ma bonne fortune, m'imaginant que je ne pouvois manquer d'être du secret de la personne que j'allois servir, et je crus que tous ces petits mots, qu'on disoit si bas, étoient des choses si agréables, que j'aurois un plaisir extrême à les entendre. Je fus pourtant bien attrapé quand je connus que ce n'étoit le plus ordinairement que des secrets que tout le monde sçavoit, que de fausses confidences et que des sottises dites avec precaution. Je m'avisai même qu'il y avoit certains galans qui parloient à ma maîtresse de cette sorte pour faire les importans, ou pour faire croire à ceux qui les voyoient qu'ils n'étoient point mal avec une dame aussi bien faite. Cependant, comme celle-ci étoit fort coquette, et qu'elle écoutoit à droite et à gauche, chacun de nous n'avoit que la moitié de son secret; ce n'est pas que la pluspart du temps ce ne fût la même chose, car ce qui entroit par une oreille sortoit par l'autre: surtout pour les reprimandes d'une vieille dame qui lui faisoit souvent des leçons. Enfin, je n'aurois jamais achevé si je voulois dire tout ce qu'on entend à l'oreille d'une coquette, et tout ce que j'appris au service de celle-là! Elle l'étoit si fort qu'après avoir trompé tout le monde, tout le monde la quitta.