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Variétés Historiques et Littéraires (10/10)

Note 259 — La Doctrine de la nouvelle devotion cabalistique, composée des veritables maximes que la nouvelle secte (formée depuis peu dans Lyon par un barbier estranger, natif du conté de Bourgogne, d'où il tasche de l'estendre aux environs au grand dommage de la vraye et ancienne piété) observe constamment, dans la pratique et methode quelle tient à conduire les âmes, par l'Oraison mentale, apparemment à la perfection, mais en effet à la folie, ou du moins à la simplicité, et à tirer à soy leurs biens, dans la bourse qu'il pretend estre commune à tous.

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De bon matin te lèveras A la même heure règlement; Au galetas[259] tu monteras Pour mediter plus hautement; Ta famille y recueilleras Sans souffrir qu'aucun soit absent; Mais en peine ne te mettras Si quelqu'un medite en dormant. De ce lieu tu ne bougeras Que le temps coulé pleinement; De là pour rien ne sortiras Quand il presseroit grandement. Ton oraison n'interrompras Quelque cause le demandant. Beaucoup moins du tout l'obmettras Pour ne pecher mortellement. Quand un des tiens reconnoistras Parler contre ce document, De ta maison le chasseras Comme du demon l'instrument. Les pedagogues recevras Veu mon billet tant seulement, Aveuglement tu les prendras Comme envoyé du firmament. De luy les points ecouteras Soir et matin en te levant. Mesme respect tu luy rendras Comme à moy personnellement. Dans ta maison rien ne feras Sans consulter mon lieutenant, Et plus mal ne le traitteras Que s'il estoit ton propre enfant. A ton mary n'obeïras Qu'à ta volonté seulement. Cependant tu travailleras De le posseder pleinement; Du mariage luy diras Que c'est certes un sacrement, Mais par addresse tascheras De l'en degouter doucement[260]. L'oraison tu luy prescheras Comme un plaisir plus innocent; Le devoir luy refuseras Sur l'accez du Saint-Sacrement. Le mesme aux festes tu feras Pour les chaumer plus saintement; Par là tu le degouteras Et n'auras de luy plus d'enfant. Ceux que desjà possible auras, S'ils sont enfans tant seulement, En pension tu les mettras A beau conte en mon logement, Et plus ne l'en soucieras, Mais de prier uniquement. A moy tu t'en rapporteras, J'en auray soin fidelement. S'ils sont grands, tu commenceras D'agir imperieusement, Pleine authorité tu prendras Pour les conduire absolument; Aux miens tu les obligeras De se confesser règlement, Et tu les desheriteras S'ils ne le font exactement. Le mesme au serviteur diras Et servantes pareillement. Puis ton mary tu rangeras Par pieté subtilement: De l'enfer souvent parleras Pour luy troubler l'entendement; Comme toy le disposeras A suivre notre reglement. Ta maison à Dieu gagneras Si j'en suis maître absolument. Cela fait, les clefs saisiras Du cabinet[261] et de l'argent; De tous les biens disposeras Par la clef de ce document; Avec l'oraison tu feras Plus qu'on ne fait communement Coffre et cabinet ouvriras Et non pas le ciel seulement; Mais ingrate tu ne seras A ton directeur bienfaisant, Par qui chez toi gouverneras Biens et mary pareillement; A moy donc tu te soumettras Pour ta conduitte entierrement. Jusqu'à la mort tu regneras, Si je te dresse uniquement. Ta maison commune rendras A tous ceux de mon regiment. Ton argent propre ne diras, Mais le tiendras indifferent. Plus volontiers le donneras Au plus petit commandement, Que pour t'enrichir ne prendras Ce qui t'est dû bien justement; Chez moy tribut apporteras, Preuve de ton destachement. Chemises, linceuls[262] donneras Pour vestir mes gens du Levant. L'argent mesme n'espargneras Sans esperer remboursement, Car à grand honneur tu tiendras De fournir à ce qu'on pretend. Aucune aumosne ne feras Aux capucins absolument. Hermite et moine escarteras Par un: Dieu vous doin[263]! seulement, Jusques à ce que tu sauras Qu'ils parlent de nous autrement, Les jesuites fuïras Comme je les crains grandement; De mes secrets ne leur diras Pas même le plus innocent. Par cela seul tu les craindras Qu'ils me veulent mettre à néant, Au grand directeur tu feras Ta confession sechement. Tous tes péchez tu luy diras A l'oreille confidemment; De tout pire rien ne craindras Pour ton meilleur gouvernement, Et boiser de paix recevras Comme seau de ce sacrement. Continence tu garderas Avec ton mary frequemment[264], Et pour ce faire te mettras Dedans un sac separement. Nul domestique ne prendras Que de nostre main seulement. D'artisan ne te serviras Qui ne soit de nostre element. Bien moins les tiens allieras A qui de mediter n'apprend. Vis au reste ainsi que voudras: En observant ce reglement, Tout droit au ciel tu t'en iras, N'en doute mie, asseurement Après la mort y monteras Beaucoup plus viste que le vent. Mais reprouvée tu seras Si tu ne gardes ton serment.

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