Note 253 — La Doctrine de la nouvelle devotion cabalistique, composée des veritables maximes que la nouvelle secte (formée depuis peu dans Lyon par un barbier estranger, natif du conté de Bourgogne, d'où il tasche de l'estendre aux environs au grand dommage de la vraye et ancienne piété) observe constamment, dans la pratique et methode quelle tient à conduire les âmes, par l'Oraison mentale, apparemment à la perfection, mais en effet à la folie, ou du moins à la simplicité, et à tirer à soy leurs biens, dans la bourse qu'il pretend estre commune à tous.
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Ces maximes tu garderas De point en point exactement. Assez matin messe diras Pour dejeuner secrettement. Un bon bouillon avalleras Et deux jaunes d'œuf sobrement, Après quoy de mesme prendras Deux noix confittes seulement[253]. Cela fait, tu ne manqueras De prescher courageusement. Du livre commun tireras Ce qu'il faut dire entierement. Tous nos dogmes enseigneras Pour les idiotz doctement. Des doctes conte ne tiendras S'ils ne sont de ton sentiment; Mais aux simples croire feras Qu'ils ont beaucoup d'entendement, Par où leur persuaderas De faire oraison hardiment. L'esprit de Dieu tu leur diras Aimer les simples seulement. A tes auditeurs promettras De vivre en santé longuement. De tous biens les asseureras Et du ciel infailliblement. Soubmission d'eux requerras D'esprit et de corps mesmement. Biens en commun sonner feras Pour se sauver asseurément; Ce point tu recommanderas Comme le grand commandement. De la part de Dieu promettras Tout pour total delaissement. Parfaite oraison jureras Suivre cest abandonnement. Le ciel pour terre donneras Comme doit faire bon marchand. Vicaire et curé blasmeras. En secret et publiquement, Excepté ceux que tu verras S'accorder à ton sentiment. De ceux-cy tu te serviras Pour te prosner journellement. Mentale oraison louëras Comme onzième commandement. La vocale reprouveras Comme un petit amusement. Petit office deffendras, Et chapelet également. Gagne-petit l'appelleras Qui n'est bon que pour un enfant. A toutes les femmes diras Comme à tous hommes hardiment Que le ciel tu leur fermeras S'ils n'obéissent humblement. D'enfer tu les menaceras S'ils ne font tout aveuglement. Leur couche leur interdiras Pour aller au Saint Sacrement. A quoy tu les obligeras A ton gré plus ou moins souvent, Et fortement prohiberas D'en user jamais autrement. Après toy livres porteras Pour en vendre à denier content, Et sur un chacun gaigneras Plus que ne feroit un marchand: Car tout le lucre qu'y feras Se fait pour Dieu licitement. La bourse commune enfleras De tout gain indifferemment. Plus de biens y ramasseras, Meilleur sera ton traittement. Au Bruno vogue donneras, Vers les plus despourveus d'argent. L'Introduction louëras Aux femmes principalement. Mais les Thoniels tu mettras[254] A deux doigts du firmament. A tout propos tu chanteras Que c'est un docteur eminent; Mais pour l'oraison tu diras Qu'il n'en est point de plus sçavant. Autre que toy ne permettras En debiter publiquement, Et ton gain ne partageras Avec aucun autre marchand. Comme un fol tu descrieras. Si quelqu'un d'en vendre entreprend. Nul billet tu ne donneras Qu'à ceux du party nommément; Les autres tu ne permettras S'en pourvoir que chez ton ageant[255], Ny le libraire nommeras Qui nous les vend uniquement. Par puissance tu chasseras Qui les revendroit autrement. Travaillant tu conserveras Ta santé fort soigneusement. Trois heures tu confesseras[256], Après quoy pas un seul moment; Le restant congedieras Quoiqu'il t'en conjure instamment. Chaque semaine un jour prendras Pour te reposer doucement, Et ton embonpoint ne perdras Pour le donner trop de tourment. Au sortir de la chaire[257] iras Te faire secher promptement. Un bon feu te procureras Pour empescher l'enroüement. Deux devotes tu meneras Pour te frotter soigneusement; Mais pour l'exemple tu feras Que le tout soit secrètement. Ce faisant tu reformeras L'Eglise apostoliquement, Et dans peu de temps luy rendras Son lustre et premier ornement. Des champs à la ville viendras Plein comme un œuf fait fraischement; Sur ton cheval tu porteras Du temporel abondamment. Dans l'âme tu tesmoigneras Rapporter grand contentement. Si tu veux, alors escriras Livres de grand emolument[258], Et justement le signeras De L'Amour divin l'Instrument.