Editorial note — ERNEST MYRAND (continued 3)
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Note 155: Le feu du temps pour le tonnerre, archaïsme très gracieux. La langue française de l'époque de Jacques Cartier, abondait en locutions de ce genre; plusieurs d'elles sont très jolies, à preuve: muer le sang, pour se mettre en colère;--oindre le musel, pour souffleter;--l'aube crevée, pour le point du jour;--rire clair, pour rire agréablement;--peler la figue, pour tromper;--parer une châteigne, pour tramer un complot;--avoir mauvaise robe, pour ne pas réussir;--clamer ses coulpes, pour accuser ses péchés;--parler en pardon, pour parler inutilement;--avoir le cri, pour être accusé;--perdre son âge, pour mourir;--cueillir en haîne, pour prendre en aversion;--voir son pied, pour sortir de prison; etc., etc. 1873--Dictionnaire de la Langue Française, par C. Hippeau.
Je viens de signaler quelques archaïsmes de la langue française au temps de Jacques Cartier; le lecteur aimera peut-être à connaître aussi certains mots de la langue sauvage parlée, à cette même époque, par les Algonquins du Canada. En voici quelques uns, choisis parmi les plus euphoniques:
Ils appellent seigneur, agouhanna; la neige, canisa; le vent, cahoha; le feu, azista; l'eau, âme; la terre, damga; le blé osizy; le pain, carraconny; la fumée quea; la mer agosasy; les vagues de la mer, coda; le bois (la forêt), conda; les feuilles, hoga; le chemin, adde; un chien, agayo; bonjour aignaz; un petit enfant, exiasta; le nombre 1, segada; le nombre 9, madelon; etc., etc. Ils appellent une ville: Canada. La traduction sauvage du mot chien, est particulièrement heureuse: agayo, on croirait entendre japper. Second Voyage de Jacques Cartier 1535-36 feuillet 13, verso du feuillet 46 et des feuillets 47 et 48.