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Un Pélerin d'Angkor

Note (retour) — PÈLERIN D'ANGKOR (continued 2)

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Et cependant, de cette vie si brève, éparpillée par toute la terre, j'aurai retiré quelque chose, une sorte d'enseignement qui ne suffit pas encore, mais qui est déjà pour apporter une ébauche de sérénité. Tant de lieux d'adoration éperdue que j'ai rencontrés sur ma route et qui répondent chacun à une forme particulière de l'angoisse humaine, tant de pagodes, de mosquées, de cathédrales, où la même prière s'élève du fond des âmes les plus diverses! Tout cela ne m'a pas fait entrevoir seulement cette demi-preuve si froide de l'existence d'un Dieu que l'on indiquait dans les cours de philosophie de ma jeunesse, et qui est du rabâchage aujourd'hui: «la preuve par le consentement unanime des peuples». Non, mais ce qui importe infiniment plus, c'est qu'un tel ensemble de supplications, de larmes brûlantes, implique la confiance presque universelle que ce Dieu ne saurait être qu'un Dieu de pitié. Oh! certes, je ne prétends nullement dire là une chose un peu neuve; je ne veux que joindre, à tant de milliers d'autres témoignages, le mien, parce qu'il est attendu peut-être par quelques-uns de mes frères. A mesure que les siècles s'accumulaient sur l'humanité, les dieux si farouches qu'elle avait d'abord imaginés au sortir de sa nuit originelle ont graduellement fait place à des conceptions plus douces, moins grossières et, sans doute, moins inexactes. A mesure que la pitié des uns pour les autres, la fraternelle pitié prêchée par Bouddha et par Jésus, faisait son chemin dans nos âmes aux tendances plutôt féroces, la notion se fortifiait en nous qu'il devait y avoir quelque part une Pitié suprême pour entendre nos cris,--et alors les sanctuaires devenaient de plus en plus des lieux de supplications et de pleurs. Dans les mosquées de l'Islam, depuis le Moghreb jusqu'à la Mecque, tous les jours des hommes innombrables, le front battant la terre, font appel à la Miséricorde d'Allah! Le jaloux et sombre Jéhovah des Hébreux s'est effacé devant le Christ,--et j'ai vu le Saint-Sépulcre qui est bien le lieu du monde où s'entendent le plus de confiants sanglots. Même à Angkor, des statues bouddhiques, au sourire de pardon, se sont assises devant les quatre portes de la cella murée où des hommes d'il y a déjà plus de mille ans avaient senti qu'il fallait cacher le Dieu trop terrible de leurs premières théogonies. La souveraine Pitié, j'incline de plus en plus à y croire et à lui tendre les bras, parce que j'ai trop souffert, sous tous les ciels, au milieu des enchantements ou de l'horreur, et trop vu souffrir, trop vu pleurer et trop vu prier. Malgré les fluctuations, les vicissitudes, malgré les révoltes causées par des dogmes étroits et des formules exclusives, l'existence de cette Pitié suprême, on la sent plus que jamais s'affirmer universellement dans les âmes hautes qui s'éclairent à toutes les grandes lueurs nouvelles6. De nos jours, il y a bien, c'est vrai, cette lie des demi-intelligences, des quarts d'instruction, que l'actuel régime social fait remonter à la surface et qui, au nom de la science, se rue sans comprendre vers le matérialisme le plus imbécile; mais, dans l'évolution continue, le règne de si pauvres êtres ne marquera qu'un négligeable épisode de marche en arrière. La Pitié suprême vers laquelle se tendent nos mains de désespérés, il faut qu'elle existe, quelque nom qu'on lui donne; il faut qu'elle soit là, capable d'entendre, au moment des séparations de la mort, notre clameur d'infinie détresse, sans quoi la Création, à laquelle on ne peut raisonnablement plus accorder l'inconscience comme excuse, deviendrait une cruauté par trop inadmissible à force d'être odieuse et à force d'être lâche.

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