Note (retour) — LIVRE PREMIER.
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XXIII. Je viens aux preuves que les lumiéres de la Raison nous fournissent. Toutes les choses que nous voyons périr, périssent par l'une de ces trois causes: ou par l'oposition d'un contraire plus puissant, c'est ainsi que la violence de la chaleur détruit le froid; ou parce qu'elles se trouvent destituées du sujet qui les soutenoit; la grandeur d'un carreau de vitre, par exemple, périt lorsque le carreau vient à se casser: ou enfin par l'éloignement de la cause éficiente, dont la présence étoit nécessaire pour les conserver; & c'est ainsi que la lumiére disparoît par l'éloignement du Soleil. Or aucune de ces trois maniéres de destruction ne peut avoir lieu ici. Pour la premiére, l'ame n'a proprement rien qui lui soit oposé. Elle a même ce privilége, qui lui est particulier, de pouvoir assembler dans ses idées les choses les plus contraires. La seconde ne se peut dire. L'ame est une substance, c'est-à-dire, un Être qui subsiste par soi-même & qui par conséquent n'a pas besoin de sujet qui le soûtienne. S'il y en avoit un, ce seroit le corps. Mais plusieurs raisons détruisent cette pensée. I.AM La continuité du travail abat les forces du corps, celles de l'ame demeurent toûjours dans leur entier. II.95 Les facultez corporelles ne peuvent admettre un objet trop vif & trop excellent: celles de l'ame se perfectionnent à proportion de la sublimité & de la grandeur des choses sur lesquelles elles déployent leur activité, tels que sont les Universaux, & les figures considérées en elles-mêmes & separément de la matiére. III. Le corps ne peut faire agir ses forces que sur des choses qui sont bornées comme lui par de certains tems & de certains lieux: l'ame agit & raisonne sur l'infini & sur l'éternité. Je conclus de tout cela que l'ame ne dépend pas du corps dans ses opérations. Or comme nous ne pouvons juger de la nature des choses invisibles, que par leurs opérations, il s'ensuit que l'ame agissant indépendamment du corps, existe aussi indépendamment de lui. Enfin, la troisiéme voye possible de destruction, savoir, la cessation de la cause éficiente ou la suspension de son eficace, n'a pas ici plus de lieu que les deux autres. L'ame n'a pas de cause éficiente dont elle doive émaner continuellement. Mais quand on en reconnoîtroit une, ce ne peut être que la Cause premiére & universelle (car pour ce qui est des pères & des mères, on sait que leur mort n'entraîne pas celle de leurs enfans). Or rien ne nous oblige à croire que la Cause premiére cesse jamais de déployer cette éficace, qui conserve l'ame. Car elle le feroit, ou faute de puissance, ou faute de volonté. Le premier ne peut être, & l'on ne prouvera jamais le second.