Note (retour) — LIVRE PREMIER.
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Il est si vrai que ce qui peut jetter les hommes dans cette erreur, n'est pas le dessein d'entrer dans des opinions un peu moins humiliantes pour la Raison, que pour peu qu'on y fasse reflexion, on voit que le sentiment d'une suite de générations sans commencement, ou d'un concours fortuit d'atomes, ou quelque autre sentiment que ce soit, est sujet à d'aussi grandes dificultez, pour ne pas dire à de plus grandes, & ne fait pas moins de peine à l'esprit que la créance d'une Divinité. Par exemple, ce que quelques-uns disent, que parce que leurs sens ne découvrent pas Dieu, ils ne peuvent croire qu'il y en ait un, peut-il arrêter un esprit qui fasse quelque usage de sa Raison? Voyent-ils leur ame, qui de quelque nature qu'elle soit, corporelle ou spirituelle, est très certainement en eux, & y produit des pensées, des jugemens, & des volontésC? L'objection qu'on tire de l'incompréhensibilité de l'Être suprême, n'a pas plus de force que la précédente pour prouver qu'il n'y a point de Dieu. On sait qu'il est de la nature des choses inférieures, de ne pouvoir bien comprendre celles qui sont d'un ordre plus élevé & plus éminent. D Les bêtes ne comprennent point ce que c'est que l'Homme: beaucoup moins peuvent-elles pénétrer ses actions, & découvrir de quelle maniére il établit & gouverne les États, mesure le cours des Astres, & fait voyager sur la Mer. Certes la vûe même de ces beaux avantages de l'homme sur la bête, devroit bien lui faire conclurre, que celui de qui il les a reçus est pour le moins autant au dessus de lui, qu'il est lui-même au dessus des bêtes, & devroit bien diminuer la peine qu'il a à reconnaître quelque chose de plus excellent que lui, sous prétexte qu'il n'en connoit pas la nature.