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Thomas l'imposteur

THOMAS L'IMPOSTEUR (continued 2)

Reading edition

Cette pente douce les mena jusqu'au spectacle.

Il eut lieu dans un hangar de l'escadrille anglaise, mieux aménagé que nos scènes élégantes.

LE SPECTACLE

Les automobiles des chefs ronronnaient, lumières éteintes. On sortait les cartes des poches. Les soldats entraient un par un, car la salle étant assez petite, on avait distribué les places au compte-gouttes.

Les malchanceux firent contre mauvaise fortune bon cœur. Ils écoutèrent, assis sur le sable, un camarade réciter des monologues. D'autres trouaient les planches avec leurs baïonnettes, pour voir se déshabiller les actrices.

L'orchestre joua les hymnes alliés bout à bout. Ils prenaient feu l'un à l'autre. Ensuite, les généraux français, anglais et belges s'assirent, et le spectacle commença.

La troupe interprétait LA PEUR DES COUPS, un acte de l'ÉTINCELLE et un acte de LA FILLE DU TAMBOUR-MAJOR.

Comme la première de ces comédies parle d'un capitaine et qu'il en paraît dans les suivantes, les soldats crurent que c'était une pièce en trois actes. Ils comprirent mal l'intrigue.

En queue des comédies et de l'opérette, où madame Valiche figurait, travestie en tambour, elle vint seule sur les planches, et récita, dans ce costume impudique, LA FIANCÉE DU TIMBALIER. Elle plut beaucoup.

À l'aide de grimaces, de sous-entendus, elle finissait par donner à ce poème un air égrillard et actuel. La cantatrice plut moins. Voulant faire reprendre à la salle une chanson de route que les militaires ne chantent pas, elle criait: «En chœur les gars» dans le vide.

Romuald sauva la mise en déclamant la Marseillaise, avec un drapeau tricolore rejeté sur l'épaule.

LE GÉNÉRAL MADELON

Après la représentation, la troupe était invitée chez le général Madelon. Madame de Bormes et sa fille ne pouvaient s'y soustraire, d'autant plus que Pesquel-Duport devait tenir là son rôle officiel.

Guillaume et ses camarades convinrent qu'en sortant, le trio viendrait les rejoindre, qu'ils le mèneraient à Saint-Georges, en cachette; le général interdisait qu'on montrât les lignes aux civils.

Ce général, qui avait mal compris le titre de Pesquel-Duport, et ne le croyait pas directeur de journal, mais de théâtre, le félicita sur sa troupe.

—Vous avez là, lui dit-il, une troupe excellente.

—Mon général, rectifia doucement Pesquel-Duport, je suis un invité.

—Moi aussi, que diable! moi aussi. Et je ne m'en plains fichtre pas. N'est-ce pas, mesdames? s'écriait le general.

Sa phrase n'avait aucun sens. Il appelait ce genre de phrases: l'esprit d'à propos.

La princesse et Henriette ne souhaitaient que partir. Pesquel-Duport fronçait les sourcils. Enfin, à la limite permise, ils prirent congé.

—Bravo! encore bravo, mesdames! dit le général, qui reconnaissait en elles les interprètes de Pailleron.

Le reste de la nuit fut sublime.

Bien que leurs souliers s'accrochassent entre les lattes des caillebotis, les deux femmes marchèrent quatre heures.

Guillaume, dans une cave de Nieuport, les avait recouvertes de capotes et de casques.

Au retour, elles chancelaient de fatigue.

Un moment, la princesse stoppa.

—Je ne sais ce que j'ai, dit-elle, je suis prise d'angoisse.

—Vous n'avez pas peur? Penchez-vous, ne craignez rien, dit Roy. Nos ennemis dorment.

—C'est stupide. Je suis une femmelette. Continuons.

UNE ANGOISSE

Madame Valiche sut ou renifla la visite aux lignes. Furieuse de ne pas y avoir été emmenée, elle se vengea.

Au retour, profitant de se trouver en tête à tête avec Henriette dans le couloir du wagon, croyant qu'il existait un commerce entre sa mère et Guillaume et ayant percé la jeune fille, elle fit mine de regarder si personne ne les entendait. Elle chuchota:

—Dites donc... Guillaume est fou de vous... Halte-là. Ne désespérez pas ce petit bonhomme. Il serait capable de se faire casser la figure.

Et, sans attendre de réponse, laissant Henriette interdite, glacée, elle réintégra le wagon des comédiens.

SUITES DU THÉÂTRE

À la popote, on ne s'entretenait que des deux femmes. Plus qu'un oncle général, elles ajoutaient du prestige à Guillaume.

—Dis donc, lui dit Roy, elle t'adore, cette gosse.

Guillaume, avec la voix qu'il avait prise jadis pour répondre à la princesse chez Verne: ma tante est une sainte, etc., répondit au fusilier:

—C'est réciproque. Nous nous aimons comme frère et sœur.

Or, cette visite avait apporté de la richesse à Guillaume et la lui laissait. Un nouvel accessoire ornait son jeu étrange. Henriette pouvait aller au bout du monde sans qu'il trouvât rien à y perdre.

MORT DE PAJOT

Un malheur frappa le groupe de Coxyde.

Pajot devait partir en permission le jour de sa descente des lignes. Il tremblait donc toute la nuit qu'un accident survint. Roy le taquinait, et, comme Pajot le suppliait de se tenir tranquille, lui barbouilla le visage de lumière, avec sa lampe de poche. Pajot tomba raide mort, une balle dans la tête. Cette balle était une balle perdue, mais Roy se traitait d'assassin. Il ne sortait plus d'une tristesse noire.

Guillaumme ne le quittait pas, le surveillait, s'employait à l'égayer.

À Paris, mademoiselle de Bormes vivait avec la phrase de madame Valiche. Elle n'en était plus à déplorer qu'une pareille femme se mêlât de ses tourments. Elle se reprochait de commettre un crime.

Déjà, n'eût-elle point aimé Guillaume, son devoir lui commandait presque de feindre, et elle aimait.

Elle prit un parti fort sage: s'ouvrir à Pesquel-Duport.

Elle s'arrangea pour qu'ils allassent ensemble chercher sa mère qui goûtait au golf de Saint-Cloud.

Dans la voiture, pâle, mi-morte, elle déshabilla son cœur.

Pesquel-Duport la savait éprise, mais pas à ce point.

LES AVEUX

Or, une enquête venait de lui prouver, la veille, que Guillaume, quoique d'une excellente famille, usurpait le titre de Fontenoy. Il se trouvait dans une difficulté extrême. En face des trésors qu'on étalait devant lui, cet excellent homme décida de surseoir. Il dit à Henriette qu'il parlerait à sa mère et qu'il la suppliait de se calmer, d'avoir confiance.

—Agissez vite, s'écria cette vierge avec une voix de vieille maîtresse—nous n'avons pas une minute à perdre. Sauvons-le!

Elle se mouchait, relevait ses mèches, rajustait sa toque; et Pesquel-Duport songeait à son propre amour, à son âge, à Clémence, presque aussi fraîche qu'Henriette.

—Elle me dit qu'elle n'aimera plus, pensait-il. C'est peut-être qu'elle n'a jamais aimé encore. Je la crois plus jeune, beaucoup plus jeune que sa fille.

L'automobile roulait. Henriette se taisait, tournait vers le paysage une figure hagarde.

Pesquel-Duport poursuivait, à part soi: Il y a bien son enthousiasme pour Guillaume. Cependant, lorsque ces choses-là sont sérieuses, elles se cachent. Mais elle est si neuve, qu'elle est capable d'aimer sans le savoir, de se rendre plus lentement compte que sa fille.

Il se demandait la conduite à suivre.

Voici la manœuvre qu'il combina.

Cette manœuvre était d'un goût détestable, rude et périlleuse. Mais il aimait et l'amour s'encombre peu de délicatesse, de douceur, de sécurité.

Il apprendrait à Clémence que sa fille aimait Guillaume et la pousserait à la lui donner. Ainsi, d'une part, verrait-il l'effet de cette nouvelle et s'il touchait une mère ou une rivale, d'autre part, il ne l'engagerait pas beaucoup, puisqu'en dernier ressort, la découverte du faux nom et de l'âge de Guillaume romprait les fiançailles. Le directeur comptait sur ce coup de théâtre bien amené pour guérir Henriette.

Le soir même, un ami qui dînait avec eux allait au concert et les laissa seuls. Une fois Henriette dans sa chambre, Pesquel-Duport exécuta son programme.

—Mon Dieu! s'écria la princesse. La sotte! Elle aime et elle se cache. Mais, directeur, je tombe des nues. Et Guillaume l'aime? Quel bonheur! Quand je pense que j'ai pu épouser Bormes. Suis-je assez stupide, assez niaise, assez distraite. Tenez... je mérite tout ce qu'on me reproche.

Pesquel-Duport n'en revenait pas. Cette femme devait le dérouter toujours.

Son effervescence lui fit mettre les freins. Il objecta qu'il faudrait attendre, se renseigner, que la fortune...

—La fortune! interrompit la princesse. Laissez donc. D'abord, qui vous dit que Guillaume est pauvre? Les Fontenoy sont riches. Je donne à Henriette ce qu'il faut. D'ailleurs (elle éclata de rire), nous perdons la tête, mon pauvre directeur. Nous sommes aussi naïfs l'un que l'autre. Nous voilà, parlant sérieusement d'une chose qui n'existe pas. Henriette ne connaît rien à rien. Guillaume a dix-neuf ans. C'est le premier garçon qu'elle rencontre. Elle se croit amoureuse de lui. Elle ne l'est pas. Moi, aussi, je suis amoureuse de Guillaume. Mais ce n'est pas l'amour.

La princesse prenait un air grave pour émettre ces extravagances. Du geste, elle empêchait Pesquel-Duport d'ouvrir la bouche.

En l'écoutant, il sentait revenir ses inquiétudes.

—Je ne veux pas, continua Clémence, marier Henriette à la légère, ni donner à Guillaume une femme qui s'en lasse au bout de quinze jours. Vous me voyez avec un gendre sur les bras.

Ce mot de gendre, appliqué à Guillaume, la jeta dans de nouveaux éclats de rire.

—C'est une folle, se dit sérieusement Pesquel-Duport; mais une folle dont je suis fou.

Après son rire, la princesse demanda des détails. Le directeur s'embrouillait, atténuait la scène de l'automobile.

—Tenez, dit Clémence, vous n'êtes bon qu'à faire des articles. Taisez-vous. Je vais employer un moyen très simple. Je vais interroger Henriette.

Elle se leva et disparut.

Pesquel-Duport s'enfouit la figure dans les mains. Cet homme de poigne m'avait les larmes aux yeux.

À quoi lui servait une poigne? On ne pouvait saisir Clémence. Elle glissait, se retournait, s'évaporait. Il la sentait irréelle, sans masse. Il se répétait:

J'aime une folle; j'aime une fée. Aime-t-elle Guillaume? Non. Elle n'aime personne. Elle ne s'aime pas. Elle n'aime pas sa fille. Elle n'est ni coquette, ni mère. Elle a un autre destin qui m'échappe.

Du reste, c'est plus simple. Je la crois fée; elle n'est que légère, légère comme on ne l'est pas. Aime-t-elle Guillaume sans le savoir? Alors, j'aurais une chance. Elle m'aime peut-être, sans le savoir. Elle nous aime peut-être tous les deux.

Pesquel-Duport déraillait, trébuchait, tournait en rond.

Lorsqu'il s'éveilla d'un demi-sommeil provoqué par le feu, il regarda l'heure.

La princesse était allée chez Henriette à onze heures. Il était une heure du matin. Il croyait attendre depuis cinq minutes. Car la douleur, le doute, et même le feu d'une cheminée, découpent le temps à leur fantaisie.

Pesquel-Duport était assez intime avenue Montaigne pour enfreindre l'étiquette. Il alla écouter à la porte de la jeune fille, entendit des sanglots, frappa, entra.

Madame de Bormes était assise sur le lit. Mère et fille se tenaient embrassées et pleuraient.

—Entrez! entrez vite! s'écria la princesse. Venez dire à cette petite amoureuse qu'elle aura son Guillaume, qu'elle sera sa femme, que je le lui promets.

La princesse, la visite au front du Nord s'éloignant, commençait à s'ennuyer.

Sa fille la sauva.

Le lendemain des aveux, elle portait cinq ans de moins que la veille.

Henriette l'embrassait, la caressait, admirait ce chef-d'œuvre: une mère qui, loin de sermonner, de briser l'élan de la jeunesse, lui imprime une impulsion plus vive.

LA LETTRE

À la suite d'une conférence interminable, où chacune donnait son avis, il fut décidé qu'Henriette écrirait à Guillaume. La princesse trouvait normal que les femmes fissent le premier pas.

Elle ajouterait à la lettre un post-scriptum, qui lui ôterait toute apparence clandestine.

—Sois tranquille, dit-elle à Henriette, je ne lirai rien.

Henriette s'enferma dans sa chambre, regarda le portrait de Guillaume et écrivit:

«MON CHER GUILLAUME,

«Je ne sais de quelle façon commencer cette lettre. Je voudrais vous l'écrire très courte, parce que je ne suis pas adroite et que ce que j'ai à vous dire est bien simple. Mon cher Guillaume, ne commettez aucune imprudence: Je vous aime aussi.

«Je ne veux pas dire que je vous aime comme maman vous aime, ni comme j'aime maman. Je vous aime d'amour. J'en suis malade et très heureuse. Mais j'ai peur.

«J'ai compris que vous évitiez la maison par délicatesse, à votre joie sincère de nous voir arriver à la Panne. Car si vous vouliez nous fuir pour d'autres raisons, notre surprise vous aurait été plutôt désagréable.

«Mon cher Guillaume, maman et moi, nous étions contentes d'entendre les soldats faire votre éloge, mais je n'ai pas besoin d'eux pour vous connaître.

«J'ai peur que vous vous exposiez plus qu'on ne vous le demande et que vous risquiez votre vie dix fois, pendant que les autres la risquent une fois.

«Si je vous écris cette lettre si difficile et qui me donne tant de mal, parce que j'aimerais mieux vous parler, vous tenir la main, c'est que je voudrais que vous vous ménagiez pour moi, pour nous, pour notre avenir. Maman est si bonne que vous ne pouvez pas savoir. C'est elle qui me permet de vous écrire et qui me dit de vous écrire vite pour gagner du temps.

«Mon cher Guillaume, répondez-moi. Dites-moi si vous m'aimez comme je vous aime et si vous êtes heureux de ce que maman consente à notre bonheur.

«Je vous quitte, parce que j'ai envie de pleurer et que je répéterais toujours la même chose. Mon cher Guillaume,

«Je vous embrasse.»

Sans lire cette lettre, la princesse ajouta au bas de la feuille:

«C'est du propre.»

ROY

À six heures du soir, dès que Pajot fut enterré, que sa cantine fut en ordre et les déclarations en règle, Roy et Guillaume remontèrent en ligne délivrer Combescure qui remplaçait Roy pour vingt-quatre heures.

Ils firent la route à pied, car la voiture qui pouvait les mettre au pont de Nieuport-Ville avait eu son moteur démoli par un schrapnell, près du Bois-Triangulaire.

Le trajet était moins pénible pour Roy qu'avec ses hommes, car il marchait en promeneur, et ne portait pas, suspendue autour de lui comme à un mât de cocagne, une charge d'objets lourds. Mais sa charge était d'un autre ordre. Son cœur lui pesait plus que cet appareil.

Pourtant, les morts comptaient peu dans le secteur.

Malgré que la mort civile soit distribuée à chacun de nous, elle n'en conserve pas moins du prestige.

Il arrive même que la mort décerne un brevet de bonne vie et mœurs. Hé! pense-t-on, malgré soi, cet homme vient de mourir. Il est tout de même mort. Ce n'était donc pas un homme quelconque. Il était peut-être mieux que ce dont il avait l'air.

Mais, aux lignes, comme si la fréquence de la mort, les blessures et les risques ininterrompus, fissent chaque homme mourir plusieurs fois, la mort, mise en petite monnaie, perdait sa valeur.

Son change était le plus bas possible.

Aussi le dialecte du secteur semblait-il féroce à qui venait du pays-de-la-mort-rare.

En effet, on ne disait pas: «Pauvre un tel», mais: «Il n'avait qu'à prendre le refuge.»

On parlait des obus comme d'autobus, comme des dangers de Paris qu'un myope ou qu'un provincial n'évite pas.

La mort de Pajot fit exception à la règle. Elle amputait le corps de la villa des fusiliers d'un de ses membres, et Roy était indirectement cause de l'amputation.

Je l'ai tué, disait-il, comme si ma lampe de poche était une arme.

Cette circonstance eut suffi pour rendre à la mort de Pajot une gravité civile.

Guillaume et Roy traversaient donc la campagne en silence. Le vent attisait une braise de son plaintif dans les petites veilleuses que les poteaux télégraphiques portent en haut comme le muguet.

Roy, de mère bretonne, était superstitieux. Il entendait l'âme de Pajot se plaindre.

Il serrait, pinçait le bras de Guillaume, et se mordait les lèvres comme un enfant qui essaye de ne pas pleurer.

Retourner à Saint-Georges, c'était retourner sur le lieu du crime. Il se félicitait de l'accident survenu à l'automobile et qui retardait la confrontation.

Guillaume avait beau plaider la coïncidence, les balles mortes, la difficulté de viser une tête visible une seconde, Roy s'obstinait dans le remords.

—Sa famille... murmurait-il, ... sa pauvre famille. Il partait voir sa famille. Il me suppliait de ne pas taire l'imbécile. C'est trop affreux.

LES NÈGRES

Tout à coup, éclata dans l'ombre une musique extraordinaire. C'était la nouba des tirailleurs nègres. Ils traversaient Coxyde-ville.

La nouba se compose d'un galoubet indigène que les soldats imitent en se bouchant le nez, en prenant une voix de tête, et frappant leur pomme d'Adam. Ce galoubet nasillard joue seul une mélodie haute et funèbre. On dirait la voix de Jézabel. Les tambours et les clairons lui répondent.

La troupe s'approchait comme le cortège de l'Arche d'Alliance sur la route de Jérusalem. Roy et Guillaume se rangèrent et le virent passer.

Les nègres venaient de Dunkerque, stupéfaits de froid et de fatigue. Ils étaient couverts de châles, de mantilles, de mitaines, de sacs, de gamelles, de cartouches, d'armes, de dépouilles opimes, d'amulettes, de colliers de verroterie et de bracelets de dents.

Le bas de leur corps marchait; le haut dansait sur la musique. Elle les soutenait, les soulevait. Leurs têtes, leurs bras, leurs épaules, leurs ventres, remuaient, doucement bercés par cet opium sauvage. Leurs pieds ne marchant plus d'accord traînaient dans la boue. On entendait ces pieds mâcher cette boue, et le choc des crosses contre la boîte à masques, pendant les silences; puis le solo sortait du fond du désert, du fond des âges, salué par les cuivres et les tambours.

La nouba, qui amusait Guillaume, trouait le cœur de son camarade. Sa plainte funèbre accompagnait son deuil. Il revoyait des voyages avec Pajot, leur navire, leurs escales, leurs bordées dans les ports d'Orient.

Ils reprirent leur promenade sans échanger une parole.

Le Bois-Triangulaire tonnait comme une chasse royale. À Nieuport, le cimetière des fusiliers marins reposait près de l'église informe. Plus loin que Nieuport, du boyau qui menait à Saint-Georges, on voyait à droite, émergeant de l'inondation, une carcasse de ferme, dite: Vache-Crevée.

L'auteur de ce surnom, adopté sur les cartes d'état-major, était une jeune Anglaise, miss Élisabeth Hart.

Miss Hart, que tout le monde appelait miss Élisabeth, était la fille du général des troupes anglaises du secteur.

Sous prétexte de Red-Cross, elle pilotait une ambulance de poche et vivait avec les fusiliers-marins.

Chez une Française, ce genre d'existence choquerait. Mais Élisabeth Hart était un vrai garçon, un diable. Elle s'habillait presque en matelot. Elle portait des cheveux courts, bouclés autour d'une figure d'ange.

Elle offrait plus d'un rapport avec les amazones modernes du film américain, sauf qu'on ne la voyait jamais trembler. Elle allait, venait, de La Panne aux lignes, et laissait son ambulance n'importe où, comme dans les rues de Londres. Sa crânerie indisposait le colonel des zouaves. Il la trouvait sans-gêne. Aussi, négligeait-elle le secteur-mer pour le secteur-inondations.

Les fusiliers en faisaient une sainte.

C'était, d'ailleurs, sans aucun doute, une héroïne. La condition même de l'héroïsme étant le libre arbitre, la désobéissance, l'absurde, l'exceptionnel.

De plus, elle lisait dans la main.

MISS ÉLISABETH

Lorsque Guillaume et Roy arrivèrent à Saint-Georges, elle était assise dans la guitoune de Roy et buvait du porto avec Combescure. Elle revenait d'une longue permission. Elle ne connaissait pas Guillaume. Elle parlait avec un accent agréable.

Attentive à prononcer nos r et ne pouvant les prononcer de la gorge, elle les roulait au bout de sa langue. Elle gronda Roy de ses scrupules.

Combescure voulait qu'elle lût dans la main de Guillaume.

La tâche de chiromancienne sincère était épineuse, au front. Elle se récusait. Guillaume insista.

En voyant la paume de cette main, le visage de la jeune Anglaise eut une expression tellement surprise que Combescure et Roy lui en demandèrent la raison.

—Par exemple!... répondit Élisabeth. Je n'ai jamais rencontré une main pareille. Il n'a pas une ligne de vie; il en a plusieurs.

—Et ma mort, ou... mes morts? interrogea Guillaume.

—Vous savez, dit-elle, je ne suis pas très forte. Je vois l'ensemble. Votre ensemble est bon.

Combescure et miss Hart partirent. Elle le véhiculait jusqu'à Coxyde.

—Quelle femme! dit Guillaume à Roy. C'est une merveille.

—Encore une victime d'Élisabeth. On ne compte plus ses morts, plaisanta le jeune capitaine. C'est une fille brave et une brave fille, ce qui vaut mille fois mieux.

Il souhaitait se taire. Guillaume le comprit. Les ordres de Roy donnés, il proposa une partie de cartes.

La guitoune du capitaine Roy était la seule habitable de Saint-Georges. L'eau rendait le travail de la terre presque impossible. Elle fournissait une excuse à la folle insouciance des marins. Leur système d'abris était aux tranchées des zouaves ce qu'une ruche d'arbre est à une ruche d'apiculteur.

On ne s'y garantissait ni de l'eau ni du feu.

Cette insouciance d'hommes toujours bercés de houle et de hamac, voire par l'esprit de corps lorsqu'ils n'avaient point navigué, se fortifiait de ce qu'une heure de bombardement bouleverse un travail de cinq semaines.

Souvent, après un essai d'attaque allemande, les zouaves souffraient moins de leurs blessures que de leur amour-propre d'architectes.

Seule la tendresse des fusiliers pour leurs chefs les avait décidés à bâtir une cabine avec d'étonnantes mains de couturières, qui savent d'un béret à pompon rouge faire une merveille d'élégance et nouer une corde comme des initiales d'amour.

Ce segment était donc fort dangereux et ils y perdaient beaucoup d'effectifs.

Roy souhaitait le silence et jouait en silence.

Dehors, on n'entendait, de loin en loin que ces coups de feu qu'il semblait qu'on tirât pour entretenir la guerre.

Une fusillade très proche retentit.

Elle se prolongeait. Roy posa ses cartes et alla aux renseignements.

—Ce sont, dit-il à Guillaume en reprenant ses cartes, nos messieurs qui s'amusent. Plouardec et Lulu qui gardent le poste d'écoute jouent à la manille et ont imaginé d'annoncer leurs points à coups de fusil. C'est économique. Je les ai fait taire.

Les marins n'ont pas avec leurs chefs les rapports des autres soldats, qu'ils surnomment: les guerriers. Par exemple, ils saluent ces chefs comme les chefs d'infanterie répondant à un deuxième classe, et joignent à ce geste un petit rictus amical.

Douze minutes après les remontrances de Roy, les coups de fusil recommencèrent de plus belle.

Roy, souriait, furieux.

—Cette fois, dit-il, on dépasse les bornes. Je vais punir. Viens Guillaume.

Ils allaient atteindre la plate-forme qui précède les trous d'écoute, lorsqu'une voix assez lointaine, mais très nette, très forte, s'éleva:

—Galopins! glapissait-elle, en excellent français, vous vous amusez à empêcher le monde de dormir. Attendez que j'avertisse vos chefs!

«Que j'avertisse vos chefs» signifiait: commander un tir.

—Ils tirent par mon ordre, hurla Roy.

Tout, voix allemande et fusillade, rentra dans le silence.

Les sanctions, de part et d'autre, s'arrêtèrent là.

Ce dialogue est peu vraisemblable pour les gens qui ne connaissent pas l'esprit de voisinage d'une longue guerre, l'esprit de famille des marins.

«JE DONNE RAISON À MES ENFANTS»

La partie de cartes, reprise, s'éternisait, lorsque le téléphone grésilla. Roy décrocha le récepteur. On entendait mal. Les fils, posés à la six-quatre-deux, en croisaient, en touchaient d'autres. La rumeur du secteur habitait l'appareil comme celle de l'océan un coquillage.

—Impossible de comprendre, dit-il. Je raccroche. Je ne comprends qu'une chose par bribes, c'est que c'est le poste F (le poste F se trouvait à cinq kilomètres) et qu'ils ne peuvent m'envoyer personne. Moi non plus, je n'ai personne. Les boyaux sont chambardés par les torpilles d'avant-hier. Il y en a la plus longue partie découverte. Je n'ai pas envie d'exposer un gamin pour un message. Mes idiots n'ont aucun sens du danger. Ils ne veulent pas allonger la route et comprendre qu'on ne siffle pas, qu'on n'imite pas le chien, qu'on ne crâne pas, à trente mètres des Allemands.

—C'est très simple, dit alors Guillaume. Moi je ne siffle pas et je n'imite pas le chien. Au besoin même, je rampe. Je n'ai qu'à faire le grand tour. J'y vais.

Roy refusa. Guillaume insista. Comme Roy désirait secrètement rester seul avec son chagrin, que le grand tour n'était pas dangereux, et que, secrètement, Guillaume jubilait de cette course nocturne, ils finirent par s'entendre.

Guillaume irait et reviendrait, séance tenante, porter son message chez Roy.

LE RENDEZ-VOUS DES ANGES

La nuit froide était constellée de fusées blanches et d'astres. Guillaume s'y trouvait, pour la première fois, seul. Un dernier rideau se lève. L'enfant et la féerie se confondent. Guillaume connaît enfin l'amour.

Au lieu de prendre la rallonge, il suivit le parapet de première ligne jusqu'au polder où il fallut ramper. Breuil et lui excellaient à cet exercice peau-rouge.

Après quelques mètres, il rencontra un cadavre.

Une âme avait ôté ce corps en hâte, n'importe comment. Il l'inspecta d'un œil curieux et dur.

Il continua. Il croisait d'autres cadavres jetés par le massacre comme le col, les bottines, la cravate, la chemise d'un ivrogne qui se déshabille.

La boue rendait le quatre-pattes difficile. Quelquefois elle veloute la marche, quelquefois, elle cherche à retenir, avec un gros baiser de nourrice.

Guillaume s'arrêtait, attendait, et repartait. Il vivait là de toutes ses forces.

Il ne pensait ni à Henriette, ni à Madame de Bormes, lorsque, soudain, l'image de Madame de Bormes lui apparut.

Il venait de reconnaître, défiguré par les torpilles, l'endroit du boyau où, quelques jours avant, elle s'était plainte d'angoisse.

—Tout de même, se dit-il, nous avons eu de la chance. On croit toujours le secteur trop calme. La princesse flairait plus loin que nous. On dirait qu'elle avait pressenti la mort de cette tranchée.

Un amoncellement de chevaux de frise et de fil de fer barbelé obstruait le passage.

Pour passer à gauche, il fallait entrer dans l'eau jusqu'aux cuisses. Guillaume prit à droite.

Il débouchait en terre ferme et se félicitait d'une complète absence de fusées éclairantes, lorsqu'il stoppa net.

En face, à quelque distance, on distinguait le bloc d'une patrouille ennemie.

Cette patrouille voyait Guillaume et ne bougeait pas. Elle se croyait invisible.

Le cœur de Guillaume sautait en cadence, battait des coups sourds de mineur au fond d'une mine.

L'immobilité lui devint intolérable. Il crut entendre un qui-vive.

L'APOTHÉOSE

—Fontenoy! cria-t-il à tue-tête, transformant son imposture en cri de guerre. Et il ajouta, pour faire une farce, en se sauvant à toutes jambes: Guillaume II.

Guillaume volait, bondissait, dévalait comme un lièvre.

N'entendant pas de fusillade, il s'arrêta, se retourna, hors d'haleine.

Alors, il sentir un atroce coup de bâton sur la poitrine. Il tomba. Il devenait sourd, aveugle.

—Une balle, se dit-il. Je suis perdu si je ne fais pas semblant d'être mort.

Mais en lui, la fiction et la réalité ne formaient qu'un.

Guillaume Thomas était mort.

LA NOUVELLE

La première personne prévenue à Paris fut Pesquel-Duport. Du moins, était-ce probable. On prévenait en lui l'organisateur des cantines.

Cet homme de cœur ne pouvait croire la chose, malgré les preuves.

Il prévoyait le coup de foudre de cette nouvelle avenue Montaigne. Il souffrait de la souffrance de Madame de Bormes.

Ce qu'il ne s'avouait pas, ou s'avouait à demi, c'est que cette mort, pour être une solution terrible, n'en était pas moins une solution. Elle mettait un point final à cette aventure, et lui permettait de garder le secret sur le mensonge Fontenoy.

—Pauvre Guillaume, se dit-il. Le faux oncle ne désavouerait pas un tel neveu. Tué au nord, il mérite l'épitaphe de l'enfant Septentrion: Dansa deux jours et plut.

Il fallait prévenir sa tante et les femmes. Le directeur, qui souhaitait retarder la seconde démarche mais ne voulait pas que ces malheureuses apprissent le désastre indirectement, décida de se rendre chez la tante de Guillaume, et, ensuite, avenue Montaigne.

Il comptait sans madame Valiche.

Pendant qu'il remplissait à Montmartre son triste office et que mademoiselle Thomas, après un silence, prononçait ces paroles qui étonnèrent l'incrédule: «Merci Monsieur. Je le verrai bientôt. Je lui raconterai votre visite», madame Valiche tournait l'angle de l'avenue Montaigne et du rond-point des Champs-Elysées.

Elle ne digérait ni la promenade aux lignes, ni le wagon, ni le triomphe de la princesse, ni le convoi désagrégé par un caprice de Guillaume.

Sa vengeance agissait.

Ce vampire savait toutes les morts, de Belgique en Alsace, avant le reste du monde. Elle connaissait celle de Guillaume par un frère de Gentil, major à Zuydecôte, arrivé en permission le matin.

Il la lui avait offerte sous la forme suivante: «Un crâneur, n'ayant que ce qu'il mérite». Aussi la portait-elle, encore chaude, à Henriette et à madame de Bormes.

Ces deux femmes qui n'osaient trop s'écarter de l'appartement par crainte de manquer d'une minute la réponse de Guillaume à la lettre d'Henriette, sortaient faire des courses.

Elles rencontrèrent madame Valiche dans le vestibule. Son air grave les effraya. Elles revinrent avec elle dans le salon.

Madame Valiche savait envoyer le couteau.

—Je l'avais dit, prononça-t-elle simplement.

Henriette fut la première à entrevoir le malheur.

Elle sauta sur madame Valiche.

En l'espace d'une seconde, la misérable acheva ses victimes. Lorsque Pesquel-Duport entra dans le salon, il ne vint que pour la curée.

Madame de Bormes et sa fille hurlaient, arrachaient leurs robes. Debout, en face d'elles, madame Valiche inventait des détails.

Pesquel-Duport l'empoigna par sa jupe.

—Vous!... vous!... étranglait-il, vous allez me faire le plaisir de décamper—et plus vite.

Il la secouait, la traînait vers la porte du vestibule. Il l'eut écrasée.

Il la jeta dehors.

Qu'importait à madame Valiche? Elle rajusta son chapeau, descendit les marches quatre à quatre, vola chez elle.

LE DOCTEUR GENTIL

Gentil, à table, attaquait les hors-d'œuvre.

—Applaudissez-moi, s'écria-t-elle du seuil. J'ai vu ce que je voulais voir. La mère et la fille. Coup double.

Elle espérait éblouir enfin cet homme qu'elle adorait, qui profitait d'elle et savait l'influence, sur les hystériques, d'une feinte impassibilité.

—Mœurs de la haute, dit-il, sans plus, en beurrant une tartine.

Madame Valiche, ivre d'amour et de haine satisfaite, contempla cet homme qui mangeait, vivait, au-dessus de l'étonnement.

—Docteur, bégaya-t-elle, vous êtes un dieu.

—Il n'y a pas de dieux, Madame. J'y vois clair, voilà tout.

Mademoiselle de Bormes ne put supporter les suites du choc.

Madame de Bormes l'emmena dans un sanatorium d'Auteuil. Elle mourut deux mois après d'une maladie nerveuse qui n'était pas mortelle. C'est dire que, malgré les précautions, elle s'empoisonna.

Du jour au lendemain, sa mère devint une femme âgée. Elle ne voyait que Pesquel-Duport.

—Marions-nous, disait-il. Vous ne pouvez vivre seule.

—Attendez, répondait la princesse. Maintenant, c'est vous qui êtes trop jeune. Nous n'avons guère de chance avec nos âges. Mais ils finiront bien par se rejoindre un jour.

UNE MÈRE

À Nieuport, près de l'église, le cimetière des marins est un brick à la dérive.

Un mât cassé marque le milieu.

Ce brick transporte-t-il de l'opium? Un profond sommeil emplit l'équipage.

ÉTAT-CIVIL

Chaque tombe étale un joli décor de coquilles, de cailloux, de vieux chenets, de vieux cadres, de vieux balustres. Une d'elles porte le nom de Jacques Roy.

Jacques Roy s'est éteint en quatre heures, au poste de secours de Nieuport, d'une blessure prise à Saint-Georges, heureux de venger Pajot et Guillaume qu'il imaginait tués par sa faute.

Sa croix porte l'inscription réglementaire.

Mais, sur la croix voisine, on peut lire: «G.-T. de Fontenoy. Mort pour nous.»

Cap Nègre 1922.

Œuvres de JEAN COCTEAU

POÉSIE

Poésie (N. R. F.).

Morceaux choisis, poèmes (N. R. F.)

Plain-Chant (Stock).

Escales (avec A. Lhote.—La Sirène).

La rose de François (Belle Édition).

Opéra (Stock).

L'Ange Heurtebise (Stock).

Trois disques: Poèmes d'Opéra (Columbia).

Le Fils de l'air (Disque Ultraphone).

La Crucifixion (Morihien).

Poèmes (Léone—Allégories—La Crucifixion—Neiges) (N. R. F.).

POÉSIE DE ROMAN

Le Potomak (Stock).

Thomas l'Imposteur (N. R. F.).

Le grand Écart (Stock).

Les Enfants terribles (Grasset).

La Fin du Potomak (N. R. F.).

POÉSIE CRITIQUE

Le Rappel à l'Ordre (Stock).

Lettre à Jacques Maritain (Stock).

Le Mystère laïc (Quatre Chemins).

Opium (Stock).

Une Entrevue sur la Critique (Champion).

Essai de Critique indirecte (Grasset).

Portraits-Souvenir (Grasset).

Mon premier Voyage (Tour du monde en quatre-vingts jours) (N. R. F.).

Journal d'un Film (La Belle et la Bête) (J.-B. Janin).

La Difficulté d'être (Morihien).

POÉSIE DE THÉÂTRE

Antigone—Les Mariés de la Tour Eiffel (N. R. F.).

Œdipe Roi—Roméo (Plon).

Orphée (Stock).

La Voix humaine (Stock).

La Machine infernale (Grasset).

Les Chevaliers de la Table Ronde (N. R. F.).

Les Parents terribles (N. R. F.).

Les Monstres sacrés (N. R. F.).

Renaud et Armide (N. R. F.).

Disques: La Voix humaine (Columbia).

Anna la bonne (Columbia).

La scène du Sphinx (Ultraphone).

POÉSIE GRAPHIQUE

Dessins (Stock).

Le mystère de Jean l'Oiseleur (Champion).

Portraits d'un Dormeur (Mermod).

Maison de Santé (Briant-Robert).

Dessins pour les Enfants terribles (Grasset).

Dessins pour les Chevaliers de la Table Ronde (N. R. F.).

Mythologie avec G. de Chirico (Quatre Chemins).

POÉSIE CINÉMATOGRAPHIQUE

Le sang d'un Poète. Film.

L'éternel Retour. Film.

Ruy Blas. Film.

La Belle et la Bête. Film.

L'Aigle à deux Têtes. Film.

La Voix humaine (avec R. Rossellin). Film.

LIVRES ILLUSTRÉS PAR L'AUTEUR

Thomas l'Imposteur (N. R. F.).

Le grand Écart (Stock).

Le Secret professionnel (Sans Pareil).

Léone (N. R. F.).

AVEC LES MUSICIENS

Parade (Erik Satie).

Le Bœuf sur le Toit (Darius Milhaud).

Les Mariés de la Tour Eiffel (Groupe des Six).

Le pauvre Matelot (Darius Milhaud).

Antigone (Arthur Honegger).

Œdipus Rex (Igor Strawinsky).

Cantate (Igor Markévitch).

Le Jeune homme et la Mort. Ballet.

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