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The Little Review, August 1916 (Vol. 3, No. 5)

Ulysse Fait Son Lit

Reading edition

JEAN DE BOSSCHERE

Ulysse glorieux, revenu des batailles Choisit une terre, dans la ville qui sourit à sa paix Il est à eux; il s’est donné avec la paix. Tous le touchent, et S’il pose la main sur les yeux Tous crient “Il songe à trahir, il est orgueilleux Peut-être croit-il nous faire honneur Même en ne nous regardant pas. Nous ferons deux nouvelles statutes pour toi, Ulysse! Tu seras bien forcé à te tenir parmi nous.” Or, Ulysse ne songe pas à fuir. Il sait l’homme dans les cuisines Dans l’aréopage, dans les batailles Il les aime avec leurs écailles de poisson Leurs nageoires sur un corps de truie Et la tête est celle du canard, Les pattes celles du coq, Avec des ailes de moineau; Il aime leur saveur de mauvais pain d’épices Mais souvent, le soir, l’odeur de chat, L’odeur est trop forte Et il ne peut plus embrasser ses amis “Que ma statue et ma penseé soient avec eux” dit-il. Dans sa terre, autour d’un sycomore Il elève un mur rond de pierre et de bois; À la hauteur du front, il coupe une porte; Elle n’est pas plus large que des épaules d’homme Puis il la ferme avec des planches Comme les cinq doights de la main cachent une blessure “Comme un pied appliqué aux vastes fesses des hommes” Dit-il; mais il rougit “Comme un couvercle sur le monde Comme un couvercle sur un pot de fromage piqué de vers.” Dit-il; mais il rougit. Et se frappe trois fois la poitrine. La foule regarde le mur Il n’y a pas de fenêtres. “Ulysse n’a pas le droit de se mettre au tombeau.” Le jeune Franklin s’accroche aux branches du sycomore Se hisse, et regarde par dessus le mur. Il retombe sur ses pieds de sycophante; “Ah! il scie le tronc de l’arbre” crie-t-il. “Il nous trahit, il nous vend, il nous renie.” “Ulysse, Ulysse! nous avons déposé des roses blanches Sous ta statue Ulysse, Ulysse! nous accrochons des roses rouges à ta porte; Ulysse, Ulysse montre-toi aux bourgeois de la ville.” Il a scié le tronc. Il en sépare des planches adorables, Et que l’on peut aimer d’amour Des planches plus aimables que des miches de pain. Ulysse, sans clous de fer Construit son lit avec le sycomore. “Ulysse, Ulysse, le conseil te réclame. Nous lui contâmes ce que tu fis de l’arbre” Lui avait-on, avec le terre, donné l’arbre D’où le jeune Franklin pouvait le voir? Il n’a pas le droit, Pas le droit. Il y a peut-être un souterrain Certainement il reçoit des messages sans fils. Oui, il communique avec l’ennemi. Ulysse avec des couleurs rouges et noires Trace des signes de joie sur son lit et sur sa porte. Puis il rit, Il rit, et son cœur Au milieu de l’air joyeux de la poitrine Et comme une rose sensuelle qui l’ouvre. Elle s’épanouit comme un soupir d’aise sans limite. Alors, du coté de la mer Il fore un trou dans la muraille. “Je vais prendre femme” dit-il, “Je sais bien comment elle sera, lisse et blanche Des cheveux ni de blé, ni de châtaigne Et des yeux sages avec l’ardeur des chats. Mais je veux la voir dans ce jour d’exultation À peine s’il me faut ajouter une table, un coffre, un autel.” Ulysse regarde par le trou ouvert, dans la pierre Ils sont mille autour du mur rond Et il entend que les hommes disent “A-t-il ses armes? Vous savez combien des la mamelle il fut malin Habile aux armes Et méchant” Il voit que les hommes sont chargés de fagots. Il y a un bûcher autour de la maison. Les femmes l’arrosent avec l’huile des lampes Et y versent celles de leur toilette, Les cuisiniers l’huile des poissons conservés, Les charrons la poix des charrettes, Le batelier apporte une marmite de goudron, Et un capitaine, vêtu de ses médailles de sioux Pousse la flamme d’une torche sous le bûcher. Ils cuisent Ulysse Car il est bien à eux. Au loin les statutes sont traîneés vers la mer. Un chaudronnier les achète à la foule trahie. Il paie trois guinées pour boire en paix. Ulysse cuit Les jeunes filles chantent Rougies par la lueurs des flammes Et les mères ravies, sourient.

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