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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 165 — QUARTIER SAINT BENOIT.

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Jusqu'ici, dans cette suite de nouvelles manœuvres, Gondi ne s'étoit servi que de son habileté: il falloit maintenant y joindre l'activité et l'audace, et l'on sait ce qu'il pouvoit faire en ce genre. Il prépara donc, pour la rentrée du parlement, une suite de scènes bien liées entre elles, dont la première fut jouée le jour même de la mercuriale[165]. On y présenta, au nom de la princesse de Condé, une requête par laquelle elle demandoit que son mari et les deux autres prisonniers fussent amenés au Louvre, et gardés par un officier de la maison du roi; que le procureur-général fût mandé pour déclarer s'il avoit quelque chose à proposer contre leur innocence; que, dans le cas contraire, ils fussent mis sur-le-champ en liberté. Le secret de la nouvelle association avoit été si bien gardé, que Molé lui-même, qui désiroit toujours la réunion de la famille royale, mais qui la vouloit par des voies légitimes, appuya fortement cette requête, bien persuadé qu'elle ne venoit que des amis des princes, et étant loin de penser que Gondi pût y avoir la moindre part. La délibération fut remise, tout d'une voix, au 20 décembre. Cependant la reine, alarmée, fit défendre par les gens du roi de s'occuper de cette affaire, et, dans la séance du 7, l'avocat-général Talon, après avoir fait son rapport sur cette défense, venoit de donner des conclusions en conséquence, lorsqu'on apporta une autre requête par laquelle mademoiselle de Longueville demandoit aussi la liberté de son père. On en avoit à peine achevé la lecture qu'un grand bruit se fit entendre à la porte de la grand'chambre: c'étoit des Roches, capitaine des gardes du prince de Condé, qui vouloit entrer et présenter à la compagnie une lettre des trois prisonniers, par laquelle ils demandoient, ou qu'on leur fît leur procès, ou qu'on leur rendît la liberté. Molé, commençant à soupçonner quelque manœuvre, et doutant de la validité de cette lettre, s'opposa, malgré les clameurs des enquêtes, à l'admission de l'envoyé; il invoqua les formes avec sa fermeté ordinaire, et son avis l'emporta. Cependant la lettre, après avoir passé par le parquet, fut reconnue pour authentique, et des Roches la présenta. Les gens du roi concluoient à ce qu'elle fût rejetée, ainsi que les deux requêtes; mais, sans statuer sur leurs conclusions, on remit la délibération au lendemain. Une lettre de cachet, envoyée par la reine, ordonna de la suspendre pendant huit jours; le parlement ne lui en accorda que quatre, sans égard pour l'état d'indisposition réelle où se trouvoit cette princesse, et qu'elle avoit donné pour prétexte de cette suspension. La délibération reprit donc son cours; les déclamations contre le ministre recommencèrent; et bien que Gaston, d'accord avec Gondi, eût refusé d'assister aux séances, afin de donner le change à la cour, qui, si elle l'eût vu déclaré tout-à-fait contre elle, auroit pu prendre un parti, et traiter elle-même avec les princes, la violence des opinions, loin de se ralentir, sembla augmenter de moment en moment. Le jour qu'on avoit choisi pour porter les derniers coups approchoit, lorsque la nouvelle de la victoire de Rhétel vint, comme un coup de foudre, frapper tous les esprits. Cette ville avoit été prise, ou plutôt achetée à prix d'argent par le cardinal; Turenne et les Espagnols venoient d'être entièrement défaits par le maréchal Duplessis; et Mazarin, qui s'attribuoit audacieusement toute la conduite de cette campagne brillante, s'apprêtoit à revenir triomphant à Paris.

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