Note 164 — QUARTIER SAINT BENOIT.
Reading edition
Un événement qui arriva, pendant ces négociations mystérieuses put convaincre le cardinal des dispositions où étoient à son égard ses irréconciliables ennemis. La voiture du duc de Beaufort fut arrêtée à dix heures du soir au milieu de la rue Saint-Honoré par une bande de brigands. Un de ses gentilshommes nommé Saint-Egland, qui alloit le chercher dans cette voiture à l'hôtel Montbason, ayant voulu faire quelque résistance, fut tué par ces misérables, qui ne cherchoient qu'à voler, et qui se sauvèrent dès qu'ils virent arriver du secours. Aussitôt le parti entier jeta les hauts cris, attribuant ce meurtre à Mazarin, qui, disoit-on, avoit eu l'intention de faire poignarder le duc lui-même[164]. Le jugement de plusieurs de ces assassins, qu'on arrêta peu de temps après, et dont les aveux ne laissèrent aucun doute sur le véritable caractère de cet assassinat, ne fit point cesser leurs clameurs; et Beaufort osa se plaindre de leur exécution comme d'un attentat nouveau, dont le but étoit d'ensevelir à jamais un secret aussi important. Une telle calomnie, soutenue avec une si grande obstination, auroit dû sans doute déterminer Mazarin à rester à Paris, pour conjurer ce nouvel orage; mais, d'un autre côté, les progrès des Espagnols en Champagne sembloient justifier les plaintes qu'on élevoit contre lui de toutes parts, d'avoir dégarni cette frontière pour faire la guerre de Guienne, et sacrifié ainsi l'intérêt de l'État à ses inimitiés particulières. Il pensa donc qu'un succès militaire, en apaisant ces murmures, lui fourniroit en même temps le moyen d'abattre ses ennemis sans retour; et formant un corps de troupes d'environ douze mille hommes, qu'il fit marcher du côté de Rhétel, sous les ordres du maréchal Duplessis-Praslin, il partit peu de temps après pour en diriger lui-même les opérations.