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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 131 — QUARTIER SAINT BENOIT.

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Cependant, la prise de Charenton commença à diminuer un peu de cet enivrement des frondeurs. Jusque-là Paris avoit nagé dans l'abondance, tandis que la disette régnoit à Saint-Germain. Les habitants des campagnes, sûrs d'être bien payés, profitoient de tous les passages pour porter leurs denrées à la capitale; et les propres soldats de Condé, attirés par le même appât, contribuoient eux-mêmes à l'approvisionner. Mais lorsque le prince, maître de ce poste important, eut pris des mesures pour resserrer davantage les assiégés, les privations commencèrent à se faire sentir; la fatigue et le dégoût succédèrent par degrés aux premiers mouvements d'enthousiasme, sinon dans le peuple, du moins dans la classe des bourgeois aisés, qui seuls supportoient tout le poids de la guerre. Accablés de subsides, exposés aux insolences du peuple et aux vexations des soldats, ils soupiroient après la paix, qui seule pouvoit leur rendre le repos et la considération qu'ils avoient perdus. Il est inutile de dire que la partie la plus saine du parlement, dominée et contenue par les factieux, la désiroit avec la même ardeur. Quant aux généraux, pleins en apparence d'une animosité commune contre le ministère, ils n'avoient en effet d'autre but que leur intérêt particulier; et leur mécontentement, né de l'oubli ou du dédain de la cour, étoit prêt à cesser dès qu'elle se montreroit disposée à leur accorder ses faveurs. Si l'on en excepte le coadjuteur et le duc de Beaufort, il n'en étoit pas un seul qui n'eût avec elle quelque négociation secrète. La cour elle-même fatiguée d'une guerre plus difficile à terminer qu'elle ne l'avoit cru d'abord, et dont les suites pouvoient devenir très-fâcheuses, n'étoit point éloignée maintenant de l'accommodement qu'elle avoit d'abord refusé avec tant de hauteur; et ses émissaires, secrètement répandus dans Paris, s'y abouchoient avec les chefs, travailloient à y développer ces dispositions pacifiques, dont les signes devenoient de jour en jour plus manifestes. Le regard perçant de Gondi avoit pénétré tous ces mouvements divers, et saisi tout d'un coup les dangers extrêmes d'une semblable situation. De tant d'appuis qu'il croyoit avoir élevés à ses projets ambitieux, tous étoient sur le point de lui manquer, à l'exception de ce peuple, qui étoit bien plus dans les mains du parlement que dans les siennes, dont il connoissoit la cruelle inconstance, et dont il avoit été forcé même de partager la faveur avec le duc de Beaufort, ce qui la rendoit encore plus incertaine. Un esprit aussi violent et aussi fier ne pouvoit supporter l'idée d'une paix où, confondu dans la foule des négociateurs, il n'eût joué que le rôle d'un factieux subalterne; et ce parlement, ces chefs, auxquels il pouvoit encore opposer la multitude, en devenoient les arbitres, si cette multitude venoit à l'abandonner. Cependant, comme l'intérêt des généraux n'étoit pas le même que celui des parlementaires; que ceux-ci désiroient la paix uniquement pour l'amour d'elle, tandis que les autres feignoient de vouloir la guerre pour devenir par son moyen maîtres des conditions du traité, le coadjuteur avoit su, dans les premiers moments, les opposer les uns aux autres avec son habileté accoutumée. D'abord, et malgré toutes les difficultés que le premier président lui avoit opposées, il avoit trouvé le moyen de prendre séance au parlement, comme substitut de l'archevêque de Paris, son oncle, dont l'absence le servit ainsi merveilleusement; et l'on conçoit l'avantage immense qu'en avoit tiré un esprit aussi délié et aussi insinuant que le sien: en peu de temps il s'y étoit rendu maître presque absolu des délibérations. Déjà Talon, Molé, Mesmes, ayant osé hasarder quelques propositions pacifiques, avoient été vivement combattus par le prince de Conti, et forcés au silence par les clameurs des enquêtes[131]. Un héraut envoyé par le roi, et qu'on auroit reçu venant de la part d'un ennemi, fut, par un artifice de Gondi, et sous les prétextes les plus frivoles[132], renvoyé sans réponse, sans même qu'on daignât ouvrir ses paquets. Cependant son adresse et son crédit n'avoient pu empêcher qu'on ne députât du moins vers la reine pour lui rendre raison d'un procédé aussi inouï; et la manière affable dont les députés avoient été reçus, le récit qu'ils firent à leur retour des bonnes dispositions de la régente, avoient encore accru cette disposition à la paix qui lui causoit de si vives alarmes: car, il faut le répéter, toute la force de cet ambitieux et de ses adhérents, avoit été jusqu'alors dans leur union avec le parlement; seuls ils n'étoient rien, et la reine en étoit tellement convaincue, qu'elle écrivoit au Prévôt des Marchands et aux Échevins: «Chassez le parlement de Paris; et en même temps qu'il sortira par une porte, je rentrerai par l'autre.» Une réconciliation sincère de cette compagnie avec la cour ne leur eût pas été moins funeste, et les eût mis entièrement à la discrétion d'Anne d'Autriche, qui n'étoit rien moins que disposée à leur pardonner. Gondi sentit donc qu'il étoit perdu s'il ne cherchoit un appui plus sûr, un pouvoir plus indépendant, plus disposé à favoriser ses vues, et au moyen duquel il pût compromettre sans retour le parlement avec la reine et son ministre.

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