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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 129 — QUARTIER SAINT BENOIT.

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Ils se hasardèrent enfin à la faire sortir, à essayer s'ils ne pourroient pas l'aguerrir dans quelques petits combats. C'est ici que la fronde prend réellement un caractère plaisant et même ridicule que tous les écrivains ont reconnu, mais dont ils ont fait une application trop générale; c'est ici que l'esprit national se montre dans toute sa piquante singularité. Les troupes parisiennes, pleines de jactance dans leurs paroles, riches et élégantes dans leurs habillements, sortoient en campagne, ornées de plumes et de rubans, pour jeter leurs armes et fuir à toutes jambes vers la ville, lorsqu'elles rencontroient le moindre escadron de l'armée royaliste. Elles y rentroient au milieu des huées, des brocards, des traits malins de toute espèce. On rioit de la gaucherie de leurs évolutions militaires. Toujours battues lorsqu'elles osoient faire la moindre résistance, on ne les consoloit de ces petits échecs que par de plus grandes risées. L'entrée de quelques convois qu'on avoit pu dérober à la vigilance de l'ennemi, passoit pour un grand triomphe, et l'on honoroit du titre de bataille la plus petite escarmouche. Dans l'attaque de Charenton[129], la seule affaire sérieuse de ce siége burlesque, la seule où Condé éprouva de la résistance, et où ses soldats furent obligés de déployer leur valeur, l'armée parlementaire, trois fois plus nombreuse que celle des royalistes, s'ébranla si lentement pour aller au secours des assiégés, qu'on voyoit encore son arrière-garde au milieu de la place Royale, tandis que les autres corps, arrêtés sur les hauteurs de Picpus, y contemploient tranquillement l'assaut et la prise de la ville, sans oser seulement traverser la vallée de Fécamp, qui les séparoit des royalistes. Une gaieté folle animoit les deux partis: Marigni, Blot, le médecin Gui-Patin, Scarron, Mézerai, jeune alors, inondoient Paris de chansons, de ballades, de pamphlets, où ils déchiroient et plaisantoient tout le monde, royalistes et parlementaires. Condé, d'un autre côté, si dédaigneux et si railleur, réjouissoit la cour des sarcasmes amers qu'il lançoit sur ses valeureux adversaires[130]. Les bons mots pleuvoient de tous les côtés. Faisant allusion au prince de Conti son frère, qui étoit contrefait et même un peu bossu, il fit un jour une profonde salutation à un singe attaché dans la chambre du roi, lui donnant le titre de généralissime de l'armée parisienne. La cavalerie que fournirent les maisons les plus considérables de Paris fut nommée, par les frondeurs eux-mêmes, cavalerie des portes cochères. Le régiment de Corinthe, levé par le coadjuteur, ayant été battu dans une rencontre, on appela cet échec la première aux Corinthiens. Vingt conseillers créés par Richelieu, et dédaignés de leurs confrères, ayant voulu effacer la honte de leur nouvelle création en fournissant chacun un subside de 15,000 liv., n'en retirèrent d'autre avantage que d'être appelés les Quinze-Vingts.

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