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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 127 — QUARTIER SAINT BENOIT.

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Cependant Gondi attendoit toujours avec la plus vive impatience les véritables chefs qui devoient former et commander une aussi foible milice. Sourdes intrigues, courses nocturnes, largesses populaires, il n'avoit rien épargné pour allumer le feu de la sédition; le succès avoit passé ses espérances, et des nouvelles satisfaisantes qu'il reçut enfin de Marsillac achevoient de le rassurer, lorsque l'événement le plus inattendu vint le jeter dans de nouveaux embarras. Le duc d'Elbœuf, prince de la maison de Lorraine, poussé par l'amour de l'intrigue et des nouveautés, surtout par son extrême indigence, se croyant appelé à jouer sur ce théâtre le rôle des Guise et des Mayenne, entra tout à coup à Paris avec ses trois fils, et vint offrir ses services d'abord au corps de ville, où on le reçut avec les plus vifs transports de joie, ensuite au parlement, où, malgré les efforts des membres initiés aux secrets du coadjuteur, il sut entraîner tous les esprits, et fut nommé sur-le-champ général en chef de l'armée parisienne. Pendant que ces choses se passoient, les princes se présentèrent enfin aux portes de la ville, qu'on eut beaucoup de peine à leur ouvrir[127], et y entrèrent au milieu des préventions et des méfiances du peuple, lequel ne pouvoit croire que la famille de Condé pût venir prendre sincèrement sa défense. C'est ici qu'il faut admirer les ressources prodigieuses du moteur secret de tant d'intrigues ténébreuses. Si d'Elbœuf conservoit sa supériorité, Gondi n'étoit plus rien: avec les princes il étoit tout; il falloit donc, sans perdre de temps, abattre l'un et relever les autres. Aussitôt tous ses agents secrets sont mis en mouvement pour décrier le nouveau général. Marigni le chansonne; il est présenté sourdement dans le peuple comme un traître qui s'est introduit dans Paris d'intelligence avec la cour, à laquelle il est vendu; on lui suppose même une correspondance secrète avec elle, et on la fait circuler. Pendant qu'on faisoit jouer toutes ces machines, le coadjuteur parcouroit les rues de Paris ayant Conti dans son carrosse, démarche qui annonçoit de la confiance, calmoit le peuple, et l'accoutumoit à la vue du jeune prince. Lorsque tout fut ainsi préparé, il le conduisit au parlement, où commencèrent aussitôt les premières scènes d'une action théâtrale qu'il avoit concertée avec tous les chefs de son parti. Le duc de Longueville se présenta d'abord, offrant à la compagnie ses services, toute la Normandie dont il étoit gouverneur, et la priant de trouver bon que, pour sûreté de sa parole, il fît loger à l'Hôtel-de-Ville sa femme, sa fille et son fils. Le duc de Bouillon parut ensuite, faisant les mêmes protestations, mais donnant à entendre que c'étoit sous les ordres du prince de Conti qu'il espéroit servir la cause commune. Le maréchal de La Mothe offrit après lui ses services aux mêmes conditions. À mesure que ces illustres personnages se succédoient, le prince d'Elbœuf perdoit de sa considération et de ses partisans. C'est en vain qu'il voulut élever la voix, et réclamer le rang suprême qui lui avoit été accordé la veille: on ne l'écouta point; et il fut forcé de descendre, avec les autres chefs, à celui de simple général sous le prince de Conti, qui fut créé généralissime. En sortant du parlement, Gondi alla chercher les duchesses de Bouillon et de Longueville, qu'il conduisit lui-même comme en triomphe à l'Hôtel-de-Ville, au milieu des acclamations d'une multitude immense attirée par la nouveauté d'un spectacle, qui d'ailleurs achevoit de détruire toutes les méfiances. La Bastille, que la cour n'avoit pas songé à mettre en état de défense, fut sommée et prise le même jour[128] par capitulation; et la guerre civile fut ainsi organisée, au gré du coadjuteur.

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