Note 123 — QUARTIER SAINT BENOIT.
Reading edition
Sûr des moyens de défense, Gondi voulut commencer lui-même l'attaque. Son ennemi étoit détesté: en accroissant chaque jour cette haine populaire par des bruits absurdes et calomnieux[123] que personne ne sut jamais mieux que lui faire circuler parmi la multitude, il voulut y joindre encore le ridicule. Mazarin y prêtoit malheureusement beaucoup. Le chansonnier Marigni[124] fut déchaîné contre lui, et remplit Paris de ses ballades et de ses triolets. Les railleries les plus piquantes, les sarcasmes les plus amers l'accablèrent de toutes parts; les placards les plus diffamants couvroient toutes les murailles, et la presse vomissoit chaque jour des libelles encore plus horribles qui se distribuoient clandestinement. Tant d'outrages rejaillissoient jusque sur la reine, qui n'étoit plus désignée dans le public que par le sobriquet de dame Anne. Elle ne pouvoit faire un pas dans Paris sans entendre retentir à ses oreilles quelques-uns de ces vaudevilles insolents et grossiers, où sa vertu même n'étoit pas épargnée. Enfin, ne pouvant plus supporter tant d'outrages, sentant croître, de jour en jour, les embarras de sa position, à cause de cette pénurie des finances que le parlement sembloit se faire un jeu d'accroître par ses résistances, sûre du prince de Condé que ses prières et ses larmes avoient achevé de fixer au soutien de sa cause, parvenue à obtenir du duc d'Orléans qu'il ne s'opposeroit point au projet qu'elle avoit formé, elle prit la résolution de sortir une seconde fois de Paris, et d'exercer sur cette ville rebelle le châtiment qu'elle avoit mérité.