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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 67 — QUARTIER SAINT BENOIT.

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L'abaissement de la maison d'Autriche étoit devenu pour lui comme une idée fixe à laquelle étoient enchaînées toutes les facultés de son esprit et toutes les forces de sa volonté. Rien ne put jamais l'en faire départir, ni les chances douteuses d'une guerre où les revers et les succès furent si long-temps balancés; ni les malheurs des provinces qu'écrasoient les impôts après qu'elles avoient été dévastées par les armées[67]; ni l'indignation des gens de bien qui détestoient cette guerre impie, la considérant dès-lors comme le fléau et le scandale de la chrétienté[68]; ni les exhortations paternelles du chef de l'Église, qu'il ne se faisoit aucun scrupule de tromper et de combattre comme politique, parce que, selon lui, la politique n'avoit rien à démêler avec la religion[69]; ni son maître lui-même, dont la conscience se réveilloit quelquefois pour s'élever contre les iniquités d'un tel ministre[70], et à qui il avoit su persuader qu'après l'avoir jeté dans de si grands périls et de si grands embarras, lui seul étoit capable de l'en tirer[71]. Pour arriver à ce but, il déployoit, ainsi que nous l'avons déjà dit, une activité et des ressources qui tenoient du prodige: il avoit des agents et des espions dans toutes les cours de l'Europe; il négocioit sans cesse avec amis et ennemis[72]; il enseignoit la trahison aux grands[73], il poussoit les petits à la révolte[74]; et ses manœuvres pour soutenir le parti puritain en Angleterre et pour exciter les mécontents d'Écosse, doivent le faire considérer comme un des auteurs de la révolution qui fit monter Charles Ier sur l'échafaud[75]. Toutes ces entreprises inouïes qui étonnoient et troubloient l'Europe, il les exécutoit au milieu des conspirations sans cesse renaissantes qui se tramoient contre lui[76]; et lorsqu'on le croyoit perdu, c'étoit par le supplice, l'exil ou l'emprisonnement des conspirateurs qu'il apprenoit à ses ennemis à redouter un pouvoir que sembloient affermir les dangers et les travaux. Tout finit donc par trembler devant lui; et le parlement, qui fut à ses pieds jusqu'au dernier moment, en murmurant sans doute, mais osant à peine faire entendre ses murmures[77]; et le clergé qui, en vertu des libertés gallicanes, continuoit de résister au pape chaque fois que l'occasion s'en présentoit, et qui, en vertu des servitudes auxquelles il s'étoit volontairement réduit à l'égard du pouvoir temporel, ne savoit rien opposer aux violences de ce ministre, à ses hauteurs, et accordoit tous les subsides qu'il jugeoit à propos de lui demander[78]; et la cour, qui avoit fini par l'honorer un peu plus que le monarque lui-même; et les gens de guerre pour qui il étoit la source de toutes faveurs et de tout avancement[79]; et la reine Anne d'Autriche elle-même, qu'il traita en criminelle d'état, et força de s'accuser et de demander grâce devant le roi son époux, pour avoir osé exprimer dans quelques lettres le désir que la France fût débarrassée de son ministre, et que la bonne intelligence fût enfin rétablie entre son père et son mari[80]. Enfin tel étoit l'empire qu'il avoit pris sur Louis XIII, qu'il le força, peu de semaines avant sa mort, à lui sacrifier des serviteurs qu'il aimoit[81]; et que ce foible prince recula devant la menace que lui fit de se retirer dans son gouvernement du Hâvre, un homme qui étoit près de sortir de ce monde pour aller dans l'autre rendre compte devant Dieu.

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