Note 64 — QUARTIER SAINT BENOIT.
Reading edition
Les progrès de cette corruption furent d'autant plus rapides, que ce fut dans cette guerre fatale que parurent entièrement à découvert ces ressorts de la politique des princes chrétiens, uniquement fondée sur ce principe, qu'elle devoit être entièrement séparée de la religion, tandis que le fanatisme, qui est le caractère de toutes les sectes naissantes, produisoit parmi les princes protestants une sorte d'unité. Ainsi donc, ceux-là tendoient sans cesse à se diviser entre eux, parce qu'ils étoient uniquement occupés de leurs intérêts temporels; et ceux-ci, bien que leurs doctrines dussent incessamment offrir au monde ce matérialisme social dans ce qu'il a de plus désolant et de plus hideux, trouvoient alors, dans l'esprit de secte et dans une commune révolte contre les croyances catholiques, des rapports nouveaux et jusqu'alors inconnus qui les lioient entre eux, et de tous les coins de l'Europe attachoient à leurs intérêts politiques tous ceux qui partageoient leurs doctrines. Avant la réformation, les puissances du Nord étoient en quelque sorte étrangères à l'Europe; dès qu'elles l'eurent embrassée, elles entrèrent dans l'alliance protestante et, par une suite nécessaire, dans le système général de la politique européenne. «Des états qui auparavant se connoissoient à peine, dit un auteur protestant lui-même[64], trouvèrent, au moyen de la réformation, un centre commun d'activité et de politique qui forma entre eux des relations intimes. La réformation changea les rapports des citoyens entre eux et des sujets avec leurs princes; elle changea les rapports politiques entre les états. Ainsi un destin bizarre voulut que la discorde qui déchira l'église produisît un lien qui unît plus fortement les états entre eux[65].» Enfoncés dans ce matérialisme insensé, au moyen duquel ils achevoient de se perdre et de tout perdre, ces mêmes princes catholiques se croyoient fort habiles en se servant, au profit de leur ambition, de ce fanatisme des princes protestants, ne s'apercevant pas qu'il n'avoit produit entre eux cette sorte d'union politique que par ce qu'il y avoit en lui de religieux, et que c'étoit là un effet, singulier sans doute, mais naturel, inévitable même, de ce qui restoit encore de spirituel dans le protestantisme.