Note 58 — QUARTIER SAINT BENOIT.
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Tant que ce parti avoit été triomphant, Richelieu, par un reste de pudeur, avoit tenu secrète l'alliance contractée entre la France et le chef de la ligue protestante; et, se renfermant dans une neutralité apparente, il offroit aux princes catholiques de l'Allemagne qui imploroient son secours contre un si terrible vainqueur, le partage de cette neutralité que Gustave rendoit impossible par les conditions intolérables auxquelles il vouloit la leur faire acheter. Dès que l'artificieux ministre vit la cause des Suédois sur le point d'être perdue, il leva le masque et se déclara ouvertement pour eux. Un nouveau traité est signé à Compiégne, le 28 avril 1635, entre Louis XIII et la reine Christine. La France traite en même temps avec les États-Unis, rompant ainsi la trève que ceux-ci étoient prêts à conclure avec l'Espagne; et chaque prince de l'union protestante est appelé à faire avec Richelieu son traité particulier. Maître de la Lorraine, dont il s'étoit emparé, n'ayant d'autre droit pour le faire que celui du plus fort,[58] celui-ci porte la guerre tout à la fois dans les Pays-Bas; dans les états héréditaires de l'Autriche, où il envoie une armée auxiliaire des armées protestantes; en Italie où il traite contre l'empereur avec les ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue[59]. L'Europe entière est embrasée; et des résultats décisifs auroient pu seuls, même selon les règles de la politique humaine, justifier le ministre qui avoit allumé ce feu qu'il ne lui étoit pas donné de pouvoir éteindre. Ils furent loin de l'être: partout les succès sont contestés, partout les revers suivent les victoires. Les armées françoises entrent à diverses reprises dans le pays ennemi, et sont obligées d'en sortir; les ennemis de leur côté pénètrent en France sur plusieurs points, et les alarmes qu'ils causent se font ressentir jusqu'à Paris[60]. La Bourgogne, la Picardie, la Guienne, le Languedoc, sont tour à tour envahis et dévastés par les Impériaux ou par les Espagnols; les armées françoises envahissent et dévastent à leur tour les Pays-Bas, le Milanois, la Lorraine, la Franche-Comté, la Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. Le Portugal secoue le joug de l'Espagne et s'allie avec la France pour consolider l'indépendance qu'il venoit d'acquérir[61]. Pendant toute la vie de Richelieu, et six années encore après sa mort, l'Europe fut comme un vaste champ de bataille où parurent tour à tour les plus grands hommes de guerre qui eussent encore illustré les temps modernes[62], où l'on ne voit que villes prises et reprises, que batailles tour à tour gagnées et perdues, sans qu'il y ait un parti qui puisse décidément s'attribuer la victoire; mais les peuples souffrent et achèvent de se corrompre[63].