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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 49 — QUARTIER SAINT BENOIT.

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Tout n'étoit pas fini pour l'heureux ministre: la cabale de la cour, un moment déconcertée par des succès si éclatants, n'en devint que plus furieuse et plus ardente contre lui, lorsqu'après l'événement de la guerre de Mantoue[49], non moins glorieux pour les armes du roi, elle le vit si avant dans la faveur de son maître, que tout pouvoir lui étoit donné, et qu'il falloit que tout pliât sous ses volontés. La reine-mère, qui l'avoit protégé tant qu'elle avoit cru trouver en lui un instrument de cette ambition puérile dont elle étoit possédée de se mêler sans cesse des intrigues du cabinet et des affaires de l'état, se déclare dès ce moment son ennemie la plus acharnée. Gaston, que sa qualité d'héritier du trône rendoit alors plus considérable qu'il ne le fut depuis, unit ses ressentiments à ceux de sa mère: tout se rallie autour de ces deux personnages éminents; le roi seul défend son ministre; et cependant, poursuivi par les larmes et par les emportements de la reine, il chancèle un moment, et l'on espère qu'il va l'abandonner; Richelieu lui-même se croit perdu, et fait les préparatifs de sa retraite. Tout change de face en un seul jour, que l'histoire a rendu célèbre sous le nom de journée des dupes. Le cardinal a avec le roi une entrevue qu'il croit la dernière: il en sort plus puissant et plus redoutable que jamais; et, vainqueur de ses ennemis, il sait profiter de la victoire. L'obstination et la conduite imprudente de Marie de Médicis lui servent à aigrir contre elle l'esprit de son fils, qui finit par s'en éloigner sans retour, lorsqu'il la voit attirer la jeune reine dans son parti et mêler l'Espagne à toutes ces querelles. Cependant la haine froide et profondément calculée du ministre demandoit, au milieu de cette cour, presque entière conjurée contre lui, une victime dont la chute y répandît l'effroi et la consternation: le maréchal de Marillac fut celle qu'il choisit. Celui-ci étoit coupable sans doute, mais non pas assez pour porter sa tête sur un échafaud, si la vengeance du cardinal ne l'eût poursuivi. Avant même qu'on l'eût arrêté, le garde-des-sceaux son frère avoit déjà été disgracié et exilé. Le procès du maréchal, qui fut long, n'étoit pas encore terminé[50], que Gaston, dont Richelieu s'étoit ressaisi un moment par le moyen de ses favoris, se déclare de nouveau contre lui au gré de ces mêmes favoris: les ennemis du ministre croient enfin avoir trouvé une dernière occasion de le perdre; et pour rendre cette occasion décisive, leurs conseils, et particulièrement ceux de la reine-mère, poussent le foible prince à faire un éclat, à quitter la cour et à se mettre ouvertement à la tête du parti qui demandoit la disgrâce et l'exil de Richelieu. La cabale s'agite alors avec plus de violence que jamais, et conçoit de cette retraite les plus grandes espérances; il en fut autrement: ce que Marie de Médicis avoit considéré comme un moyen de reprendre son ancien ascendant, fut précisément ce qui acheva de la perdre. D'accord avec son ministre, qui désormais le menoit à son gré, le roi exile sa mère à Compiègne, où, de même qu'à Blois, elle est gardée à vue et traitée en prisonnière. Tous ses confidents sont exilés ou arrêtés. Gaston continuant de cabaler à Orléans, où il s'étoit renfermé, son frère marche contre lui à la tête d'une armée, le suit dans sa fuite jusqu'en Bourgogne, et le force à sortir de France et à se réfugier en Lorraine. Le maréchal de Bassompierre, qui avoit trempé dans ce dernier complot, est enfermé à la Bastille, où il seroit resté jusqu'à la fin de ses jours, si Richelieu ne fût mort avant lui; le duc de Guise, autre partisan de Gaston, se hâte de se retirer dans son gouvernement, et n'évite qu'en s'exilant lui-même volontairement le ressentiment du cardinal; enfin Marie de Médicis s'échappe de sa prison, ou, pour mieux dire, l'habile ministre s'en débarrasse en la laissant échapper. Elle se retire aux Pays-Bas, et quitte ainsi follement la France, où il étoit bien résolu de ne la jamais laisser rentrer. Dès ce moment la cour, déserte de tous ses ennemis, se peuple de ses flatteurs et de ses créatures; Richelieu est maître absolu, maître sans rivaux et sans contradicteurs: c'est alors qu'il achève de se faire connoître, que son regard embrasse l'Europe, et que sa funeste politique se développe à tous les yeux.

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