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Souvenirs et anecdotes de l'île d'Elbe

Note (retour) — L'ÎLE D'ELBE

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a dit Sainte-Beuve, et même à un Napoléon il faut quelque temps pour se remettre d'une chute si lourde. «C'est ici l'île du repos», dit-il en débarquant à Porto-Ferrajo, et M. Houssaye a cité bien d'autres traits qui semblent prouver qu'à ce moment son intention était de rester tranquille dans son petit État 53; c'est l'impression que procure sa correspondance de ce temps, celle qui se dégage de son registre d'ordres; c'est celle aussi que Pons s'est rappelé avoir eue, quand il a divisé le séjour de l'Empereur en plusieurs périodes d'après ses intentions soupçonnées ou entrevues: la première,--l'époque de la stabilité,--est de beaucoup la plus longue; celles des incertitudes et des projets sont bien plus courtes. Pons a cru aux intentions impériales de stabilité pour plusieurs motifs, et, avec une subtilité parfois excessive, il en a cherché la preuve jusque dans l'organisation des écuries impériales 54 à l'île d'Elbe et dans la commande de selles «riches» pour dame! D'après lui, ce serait quand le Congrès de Vienne songea à le déporter à Sainte-Hélène 55 que Napoléon se considéra comme dégagé des obligations du traité de Fontainebleau. Une lettre de Cambon reçue par Pons, importante lettre politique, tableau réfléchi du mécontentement général, concluant que «cela ne pouvait pas durer», fut aussi d'un grand poids dans la détermination de l'Empereur: cette lettre est malheureusement perdue, et Pons n'en a pas donné la date. La correspondance de l'auteur avec son ancien général et ami, Masséna, moins fréquente et surtout moins grotesquement mélodramatique qu'on ne l'a parfois représentée 56, eut aussi sans doute son influence sur l'Empereur. À quel moment forma-t-il le projet ferme de quitter l'île? Pons ne le dit pas; il paraît mal renseigné sur les derniers temps du séjour à l'île d'Elbe; il ne les raconte pas dans ses Souvenirs proprement dits, mais seulement dans l'un de ces articles de journaux que j'ai signalés; il n'en parle ici peut-être que d'après des informations étrangères; il ignore la présence de ce mystérieux Marseillais Charles Albert et la mission de Fleury de Chaboulon. Il n'est intéressant et renseigné que sur son rôle personnel dans ces tragiques conjonctures: mais comme ce rôle a été vraiment important, il fournit à l'histoire générale des renseignements intéressants. Napoléon lui demanda une première fois, longtemps avant le départ, un mémoire sur les meilleurs moyens de préparer une flottille expéditionnaire; il lui donna même l'ordre de la préparer, ordre qui ne reçut aucun commencement d'exécution. Pons crut cette flottille destinée à une descente en Italie, «sur un rivage ami», probablement Gênes ou la Toscane. Cet ordre fut porté à Pons par un messager de cabinet; il n'a pas été inséré au registre de Rathery; aucun des compagnons de Napoléon ne paraît l'avoir connu: toutes preuves que l'Empereur a voulu le tenir aussi secret que possible. Mais à quelle date le placer? Pons n'en dit rien ni ici ni dans son Mémoire aux puissances alliées. Plus tard, Napoléon lui ordonna d'avoir toujours à sa disposition quatre bâtiments de transport de la flotte des mines. Pons place cette demande, prodrome évident du retour, avant la visite de Mme Walewska à Napoléon, c'est-à-dire avant le 1er septembre. Cela semble prématuré: Napoléon aurait-il attendu six mois avant de réaliser ce dangereux projet? C'est d'ailleurs contradictoire avec la division que Pons établit dans les époques du règne elbois et avec la durée de ses démêlés avec l'Empereur. Pons affirme que l'ordre de préparer la flottille lui fut donné le 6 février 57, et que l'expédition était prête à embarquer quand Fleury de Chaboulon arriva: il conteste toute importance au rôle de ce jeune auditeur qui, dit-il, non sans raison, ne pouvait apporter à l'Empereur, après un si long voyage, que de vieilles nouvelles, peu propres à lui faire prendre une si grave détermination. Le témoignage de Pons de l'Hérault sur ce point est donc capital et de nature à modifier les opinions reçues. S'il ne dit rien ici de la traversée, du débarquement et de sa mission auprès de Masséna, son Mémoire aux puissances alliées complète ses récits et n'est pas moins précieux à consulter.

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