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Souvenirs et anecdotes de l'île d'Elbe

Note (retour) — L'ÎLE D'ELBE (continued 3)

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Une arrivée plus importante vint réjouir l'Empereur. C'était l'arrivée du respectable général Boinod, ancien inspecteur général aux revues, et l'un des hommes les plus vertueux de l'armée. L'île d'Elbe allait trouver un autre général Drouot dans le général Boinod. Un homme d'environ soixante ans débarqua à Porto-Ferrajo. L'Empereur était à Longone. Le nouveau venu se disposa à y aller; simple et modeste, monté sur un des misérables chevaux du pays, il se dirigea mesquinement vers le but de son voyage. En général, la longue habitude d'un grand pouvoir donne un air de commandement; le général Boinod n'avait rien en lui qui pût faire soupçonner son passé: c'était pleinement et entièrement l'apparence d'un bon homme. M. Rebuffat, en commission pour l'Empereur, retournant de Porto-Ferrajo, ayant la même route à faire que le général Boinod, l'accosta et l'accabla de questions. M. Boinod ne répondait que par des monosyllabes, et plus il était réservé, plus M. Rebuffat était curieux. À Longone, il n'y avait point d'auberge: M. Rebuffat engagea son compagnon à dîner chez lui. Tandis que le général Boinod se mettait à table, M. Rebuffat fut rendre compte de sa mission, et raconta à l'Empereur comme quoi il s'était acheminé avec un bon homme «qui venait tout exprès pour le voir et qui était peut-être le plus vieux de ses amis». L'Empereur dînait; il demanda à M. Rebuffat quel était le nom de ce vieil ami: «Ma foi, Sire, lui répondit M. Rebuffat, c'est Toisot, ou Poisot ou Noisot, je ne sais. Mais il est facile à reconnaître, car de ma vie je n'ai vu un homme aussi sourd», et à ce mot, l'Empereur l'interrompant avec vivacité lui demanda s'il ne voulait pas dire Boinod. M. Rebuffat ayant assuré que c'était cela, l'Empereur bondit; il envoya le général Bertrand chercher le général Boinod. Le général Bertrand, pressé par l'Empereur, alla en courant chez M. Rebuffat, entra précipitamment, et presque effaré il demanda le général Boinod. Personne ne se doutait qu'il y avait là un général: on dit au général Bertrand que dans la salle à manger il y avait bien une personne qui mangeait, mais que cette personne n'était pas un général, et pour l'en convaincre on la lui fit voir: le général Bertrand reconnut le général Boinod. Il l'enleva sans lui donner le temps de se reconnaître, de faire un peu de toilette, et il le conduisit à l'Empereur. L'Empereur l'attendait sur le seuil de la porte. Il lui tendit la main avec effusion, le conduisit à table, le plaça à côté de lui pour lui faire continuer son repas. L'Empereur répéta plusieurs fois au général Boinod: «Vous me faites bien plaisir.» Il veilla lui-même à ce que le général Boinod fût bien logé. Les proches de M. Rebuffat ou ses gens, qui, trompés par la simplicité du général Boinod, n'avaient pas voulu qu'il pût avoir ce rang honorable, maintenant étonnés des égards que l'Empereur avait pour lui, de l'empressement que le général Bertrand avait mis à venir le chercher, à l'embrasser, en faisaient un maréchal, un prince, un roi, et peut-être même un empereur. Cinq minutes après, tout Longone faisait des commentaires sur le grand personnage déguisé qui était venu trouver l'Empereur. De ce que l'Empereur était allé l'attendre sur le seuil de la porte, au haut de l'escalier, on tirait la conséquence précise que c'était une tête couronnée, mais que ce n'était pas une tête impériale, parce que «pour une tête impériale, l'Empereur aurait attendu à l'entrée principale de son palais». M. Rebuffat prêtait beaucoup à toutes les balivernes de cette illusion, parce que dans son trouble il avait cru entendre que l'Empereur disait au général Boinod «mon frère». Il aurait illuminé si on ne lui avait pas fait observer que l'illumination trahirait l'incognito de l'illustre visiteur.... Le lendemain, tout était éclairci. Le général Boinod remplissait les doubles fonctions de commissaire ordonnateur et d'inspecteur général aux revues. Il avait pour adjoint M. Vauthier 61.

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