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Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, Tome premier

Note (retour) — LETTRES (continued 2)

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Je laissais plusieurs portraits commencés, entre autres celui de mademoiselle Contat; je refusai aussi dans ce moment de peindre mademoiselle de La Borde (depuis duchesse de Noailles), que son père m'amena: elle avait à peine seize ans et elle était charmante; mais il ne s'agissait plus de succès, de fortune; il s'agissait seulement de sauver sa tête. En conséquence, je fis charger ma voiture, et j'avais mon passeport pour partir le lendemain avec ma fille et sa gouvernante, lorsque je vis entrer dans mon salon une foule énorme de gardes nationaux avec leurs fusils. La plupart d'entre eux étaient ivres, mal vêtus, et portaient des figures effroyables. Quelques-uns s'approchèrent de moi, et me dirent dans les termes les plus grossiers que je ne partirais point, qu'il fallait rester. Je répondis que, chacun étant appelé alors à jouir de sa liberté, je voulais en profiter pour mon compte. À peine m'écoutaient-ils, répétant toujours: «Vous ne partirez pas, citoyenne, vous ne partirez pas.» Enfin ils s'en allèrent, je restai plongée dans une anxiété cruelle, quand j'en vis rentrer deux, qui ne m'effrayèrent pas, quoiqu'ils fussent de la bande, tant je reconnus vite qu'ils ne me voulaient point de mal.--Madame, me dit l'un, nous sommes vos voisins; nous venons vous donner le conseil de partir, et de partir le plus tôt possible. Vous ne pourriez pas vivre ici, vous êtes si changée que vous nous faites de la peine 23. Mais n'allez pas dans votre voiture; partez par la diligence, c'est bien plus sûr.

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