Note 78 — JOHN RUSKIN (continued 2)
Marcel Proust translation
De tels passages paraissent aux petits esprits l'œuvre d'un petit esprit; les grands esprits au contraire reconnaîtront que c'est, en morale, la conclusion à laquelle aboutissent tous les grands esprits. Seulement ils pourront regretter (pour les autres) que Ruskin s'explique aussi peu et donne cette forme un peu bourgeoise et un peu courte à des vérités qui pourraient être présentées moins prosaïquement. Cf. (pour cette manière d'exposer une vérité en la rapetissant volontairement, en lui donnant une apparence offensive de lieu commun démodé) Bible d'Amiens, IV, 59: «Toutes les créatures humaines qui ont des affections ardentes, le sens commun et l'empire sur soi-même, ont été et sont naturellement morales... un homme bon et sage diffère d'un homme méchant et idiot, comme un bon chien d'un chien hargneux.» Ruskin, quand il écrit, ne tient jamais compte de Mme Bovary, qui peut le lire. Ou plutôt il aime à la choquer et à lui paraître médiocre. (Note du traducteur.)