Note 30 — PRÉFACE. (continued 2)
Reading edition
EL DI D’INCOU.
VISION.
L’era ona nocc di più indiavolaa Scur come in bocca al loff : no se sentiva Una pedana. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . E’l pover merit che l’ è minga Don Te me l’ hann costringiuu là in don canton.
Il y a plus de véritable poésie dans cet ouvrage que dans tout ce qu’on a publié en France depuis les Métamorphoses de M. Lemercier. Jamais satire contre un gouvernement ne fut plus sanglante, plus méritée, et l’on peut dire plus dangereuse. Comme ce poëme est aussi frappant par le pittoresque de la fiction (l’ombre de Prina apparaît à un bourgeois qui traverse le cimetière où il repose, et lui demande ce que Milan a gagné à l’avoir assassiné), que par le mordant des épigrammes, il s’en répandit deux mille copies en huit jours.
« Si la police, disait-on, a quelque preuve contre le malheureux poète, il ira pourrir, le reste de sa vie, dans un cachot de Mantoue. » L’auteur, qui est fort jeune, faisait le nigaud tant qu’il pouvait dans le monde. Il commençait à respirer, lorsqu’un beau jour on arrête deux de ses amis. Ils sont convaincus d’avoir distribué les premières copies de l’ouvrage, et vont être punis comme auteurs. Le gouverneur fait alors appeler le pauvre jeune homme, et lui fait sentir adroitement l’infamie dont il se couvre en laissant conduire ses amis en prison. Il n’hésite pas à tout avouer. « J’ai cru, disait-il devant moi le jour même de l’événement, me jeter en prison pour le reste de ma vie : quelle a été ma surprise de voir son excellence me dire : « Monsieur, le gouvernement est moins méchant que vous ne le croyez : vous aurez la ville pour prison, et je m’en vais moi-même demander votre grâce au conseil aulique. » Deux mois après le jeune poète est appelé de nouveau. Il fait ses arrangemens croyant ne plus rentrer chez lui. Il arrive tout pâle chez le gouverneur qui lui dit : « Sa Majesté pardonne à votre jeunesse, et vous invite à faire désormais un meilleur usage de vos talens. »