Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE VI.
Reading edition
«J'espère qu'il (un de ses amis) accomplira une chose qui me donnera haute satisfaction. C'est de vous persuader d'introduire Le bois de Craigieburn dans votre recueil; c'est une chanson favorite, pour lui et pour moi. La dame pour laquelle elle a été composée est une des plus jolies femmes d'Écosse, et, en réalité, (entre nous) elle m'est, en quelque manière, ce que l'Eliza de Sterne lui était, une maîtresse ou un ami, ou ce que vous voudrez, dans l'innocente simplicité de l'amour platonique. (Tâchez de ne faire à ce sujet aucune de vos méchantes suppositions et de ne faire aucun bavardage à ce propos, parmi vos connaissances.) Je vous assure que vous êtes redevable à ma charmante amie de mainte des meilleures chansons que vous avez reçues de moi. Pensez-vous que la tranquille routine de l'existence, dans son même manège, pourrait inspirer à un homme la vie, et l'amour, et la joie; pourrait l'enflammer d'enthousiasme, ou l'attendrir d'une émotion à la hauteur du mérite de votre livre? Non, non! Chaque fois que je désire m'élever dans mes chansons au-dessus de l'ordinaire, être en quelque degré digne des plus divins de vos airs, vous imaginez-vous que je jeûne et que j'implore par la prière une Visitation céleste? Tout au contraire![1293] J'ai une merveilleuse recette, celle-là même que le Dieu des Guérisons et de la Poésie avait inventée pour son propre usage, quand jadis il jouait de la flûte aux troupeaux d'Admète. Je me mets au régime d'admirer une jolie femme, et plus ses charmes sont adorables, plus vous trouvez de plaisir à mes vers. L'éclair de ses yeux est le Dieu du Parnasse et le charme de son sourire la divinité de l'Hélicon[1294].