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Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE VI.

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Cette lettre est de janvier 1794; avant que le mois fût achevé, une aventure plus pénible encore lui était arrivée. On peut refaire le tableau, car il est caractéristique des mœurs de l'époque. C'était chez M. Walter Riddell, un gentilhomme du voisinage, frère du capitaine Robert Riddell, à un de ces dîners écossais du XVIIIe siècle qui s'achevaient dans une ivresse générale. On croirait à peine avec quelle régularité fonctionnait un système implacable et compliqué de santés et de toasts, qui devait être un supplice pour les faibles et venir à bout des plus solides. Pendant le dîner, on ne pouvait boire un verre de vin à soi seul; il fallait désigner à haute voix une des personnes de la table, à la santé de qui on buvait et qui buvait à la vôtre. Après toutes ces gracieusetés particulières, quand la table était déblayée, l'hôte portait une santé à chacun des convives, et chacun de ceux-ci à chacun des autres convives et à l'hôte; «en sorte que là où il y avait dix personnes, il y avait quatre-vingt-dix santés de bues»[1266]. Ce supplice du dîner était déjà horrible; ce n'était rien auprès de ce qui suivait. Après le dîner et avant que les dames se retirassent, venaient «les rounds» de toasts, et les «sentiments». Dans les premiers, chaque gentleman nommait une dame absente et chaque dame, un gentleman absent[1266]. C'est à cette coutume que Burns fait allusion quand il écrit à Clarinda, dans la dernière et singulière lettre qui soit allée de lui à elle: «que chaque fois qu'on lui demandait la santé d'une dame mariée, il proposait Mrs Mac.» Les verres devaient être vidés et retournés en signe d'enthousiasme. Les «sentiments» étaient de courtes phrases épigrammatiques, des sortes de devises, qui exprimaient des sentiments moraux ou quelque pensée élégante. Les verres remplis, on demandait à un des convives un «sentiment»[1267]. Les sentiments favoris étaient dans le genre de ceux-ci: «Puissent les plaisirs du soir supporter les réflexions du matin» ou: «Puissent les amis de notre jeunesse être les compagnons de notre vieillesse» ou: «Délicats plaisirs aux âmes susceptibles». Personne n'échappait à l'obligation de donner son sentiment; et c'est ainsi qu'un pauvre pasteur, tout empêtré, ne sachant que dire, ayant beaucoup réfléchi, proposa un jour: «Le reflet de la lune sur la calme surface du lac»[1268]. On vendait des collections de «sentiments» tout faits; mais les gens d'esprit en improvisaient d'adaptés aux circonstances[1269]. On peut croire que ce devait être là un des succès de Burns, et que, malheureusement, on devait trop souvent lui en demander. Encore tout cela se passait-il quand les dames étaient là. Après qu'elles s'étaient retirées, les santés et les conversations continuaient. On voit où les choses en arrivaient. «La situation des dames, remarque le doyen Ramsay, devait fréquemment être très désagréable lorsque, par exemple, les messieurs remontaient dans un état peu fait pour une société féminine[1270].» À la fin du dîner, chez M. Riddell, une scène de ce genre se passa. Les hommes, excités par l'ivresse, firent irruption dans le salon où étaient les dames[1271], et, croyant faire une heureuse plaisanterie, donnèrent une représentation de l'enlèvement des Sabines. Burns saisit Mrs Riddell et l'embrassa. Il ne semble pas qu'il fut plus coupable que les autres; peut-être, emporté par son tempérament, alla-t-il plus loin encore. On devine l'effet produit par ce scandale. Le lendemain, le pauvre Burns écrivait encore une lettre d'excuses désespérée.

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