Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE VI.
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Mais, de ce côté-là encore, la pauvre Clarinda devait rencontrer des déceptions. Quand elle arriva à la Jamaïque, son mari, qui lui avait peut-être imposé cette terrible épreuve dans l'espoir qu'elle se mettrait dans son tort en refusant, la reçut avec froideur. Sur le pont même du navire, il fit usage envers elle d'expressions rudes. La malheureuse femme épuisée par le voyage put à peine supporter ce nouveau coup. «La réception très froide que je reçus de M. Mac Lehose me donna un choc qui, joint au climat, dérangea mon esprit à tel point que je cessai d'être responsable de ce que je disais et faisais[1170].» Elle crut qu'elle allait perdre la raison. «La bienveillance que mon mari me montra ensuite ne put pas dissiper la complication de désordres nerveux qui me saisirent alors[1171].» Elle ne tarda pas à découvrir que M. Mac Lehose «comme la plupart des planteurs des Indes occidentales» avait toute une famille d'une maîtresse de couleur. Elle fut, selon le langage toujours convenable de Chambers «mortifiée de voir combien il lui avait été grossièrement infidèle pendant la période de leur séparation[1172].» C'était un brutal et violent qui se plaisait à battre et à injurier ses esclaves devant elle, quand il était saisi de ses fureurs. Perdue, isolée, révoltée de ces scènes, la malheureuse femme fut prise d'un désespoir, dont le souvenir hanta sa mémoire. «Je me rappelle que j'arrivai à la Jamaïque il y a aujourd'hui vingt-deux ans. Ce que j'ai souffert pendant les trois mois que je restai là! Dieu, donnez-moi de la gratitude pour la bonté que vous avez eue de me ramener à mon pays natal[1173].» Le médecin la prévint que, si elle ne s'en retournait, sa vie était en danger. Au mois de juin, elle quitta de nouveau son mari. «Notre séparation fut très affectueuse. De ma part ce fut avec un sincère regret que ma santé m'obligea à l'abandonner. De la sienne, il en fut de même, selon toute apparence. Nous nous séparâmes avec des promesses mutuelles de constance et de maintenir une correspondance régulière[1174].» Elle remonta sur le même navire qui l'avait amenée et rentra en Écosse vers la fin d'août 1792, six mois environ après en être partie. Il convient d'ajouter que son mari ne tint aucune des belles promesses qu'il avait faites à propos de l'éducation de son fils, pour l'avenir duquel elle avait affronté ce long voyage et s'était imposé le plus cruel des sacrifices, celui de retourner près de cet homme et peut-être celui de subir jusqu'au bout sa comédie odieuse.