Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE VI.
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Cependant sa renommée continuait à grandir d'un double mouvement: à monter vers les plus hauts esprits et à pénétrer jusqu'aux plus humbles. Dans les rues, non seulement on chantait ses chansons, mais on mettait son nom à des chansons qui n'étaient pas de lui, pour les vendre. «J'ai vu même chanter, par les rues de Dumfries, une couple de ballades qui portaient mon nom en tête comme leur auteur, bien que ce fût la première fois que je les voyais[1324]». Sa gloire avait gagné les sommets intellectuels du pays. Son nom retentissait au Parlement, dans la bouche d'hommes qui étaient l'honneur de leur temps, comme celui d'un homme qui était l'honneur de son pays. En 1793, Curran, le grand orateur irlandais, s'écriait en parlant de l'Écosse «qu'elle était couronnée des dépouilles de tous les arts et parée de la richesse de toutes les muses, depuis les profondes et pénétrantes recherches de son Hume jusqu'à la moralité douce et plus simple, mais non moins sublime et pathétique de son Burns[1325]». Cet hommage, que nous n'avons vu relever dans aucune biographie de Burns, indique quel rang il avait insensiblement pris parmi les grands noms de son pays. Lockhart raconte qu'un peu plus tard, trop tard puisque Burns venait de mourir, Pitt disait à la table de lord Liverpool: «Je ne vois pas de vers, depuis Shakspeare, qui aient autant l'air de sortir doucement de la nature[1326]». Au moment où des pensions étaient accordées à des hommes de lettres, de talent moyen, on pouvait espérer que quelque chose se ferait pour un des plus surprenants génies de son époque. Quelques-uns de ses admirateurs s'y employèrent. Ce fut en vain. Allan Cunningham raconte que M. Addington rappela à Pitt les mérites de Burns; mais Pitt «passa la bouteille à lord Melville et ne fit rien[1327]». Pendant ce temps le poète se débattait contre sa pauvreté; sa production était gênée par l'inquiétude, faute d'un peu d'argent.