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Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE V.

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Cette existence chétive n'avait rien de surprenant. On obtenait à peine de quoi vivre, d'une terre stérile et mal cultivée. Le sol était mauvais; il était à peu près à l'état sauvage. «Le pays tout entier, sauf quelques exceptions négligeables, était sans clôture; il n'y avait pas de drainage artificiel; ce qu'il y avait de labourage était restreint à ce qu'il y avait de terrain naturellement sec; les parties creuses étaient pleines de marais, de marécages et d'étangs stagnants[1002]».—«Les prairies étaient des marécages où de mauvaises herbes poussaient naturellement, mêlées à des roseaux et d'autres plantes aquatiques, et ce terrain revêche et humide non-seulement restait sans être drainé, mais semblait avoir plus de valeur d'après l'abondance avec laquelle il fournissait ce fourrage grossier[1003].» Les terres arables s'étendaient en tranches étroites, séparées par des espaces pierreux, semblables aux moraines des glaciers[1004]. La culture était pire que le sol. Les terres d'une ferme étaient partagées en deux parties: l'infield et l'outfield[1005]. La première comprenait les moins mauvais terrains, grossièrement cultivés; on y jetait le fumier de la ferme, sans les purger des mauvaises herbes qui absorbaient l'engrais et n'en pullulaient qu'avec plus d'aise[1006]; on y semait sans repos de l'avoine et de l'orge tant qu'ils pouvaient rendre un peu plus que les semailles. L'assolement ou, pour employer l'expression anglaise, la rotation des moissons, était inconnue. Quand la terre épuisée refusait de rien porter, on la laissait reposer en jachère, c'est-à-dire se couvrir de mauvaises herbes[1007]. «On demandait au même champ des récoltes successives d'avoine sur avoine, tant qu'il pouvait fournir un excédent sur la semence; après quoi, il restait dans un état absolu de stérilité, jusqu'à ce qu'il revînt de nouveau en état de donner une misérable récolte[1008].» La seconde partie, l'outfield, n'était guère que des terrains sauvages où les troupeaux paissaient. Les instruments étaient primitifs: la charrue était encore sur le vieux modèle écossais, il fallait plusieurs paires de bœufs pour la traîner; les herses étaient garnies de dents de bois, les chariots étaient lourds et bas de roues; on vannait le blé à l'aide du vent entre les deux portes de la grange[1009]. Avec cela, de mauvaises routes et guère de chemins[1010]. Les fermiers étaient trop ignorants pour songer à améliorer leur mode de culture et trop pauvres pour l'essayer. «Aucun fermier ne possédait l'argent nécessaire pour améliorer cet état de choses[1011].» Aussi ils parvenaient péniblement à contraindre la terre à payer sa rente. Leur vie était aussi précaire que misérable. Une seule mauvaise saison suffisait pour les mettre en retard. Alors commençait, contre la descente graduelle vers la misère et la ruine, la lutte désespérée, dans laquelle avait succombé le père de Burns, dans laquelle Gilbert venait d'être sauvé par son frère, dans laquelle celui-ci allait être vaincu à son tour. Telle était, du moins, dans ses conditions matérielles, l'existence que Burns pouvait mener.

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