Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE V.
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Il y a, dans ces quelques lignes, des mots bien forts. Nous ne pensons pas qu'on ait jamais caractérisé par des termes plus décisifs cette manipulation adroite de la vie. La sagesse des philosophes pratiques, des plus fins connaisseurs, des amateurs les plus délicats, les plus raffinés et les plus sceptiques de l'existence, n'a pas trouvé de formule plus heureuse. Ne croirait-on pas entendre Montaigne quand il expose qu'il n'est «science si ardue que de bien savoir vivre cette vie»; qu'il faut puiser à la volupté «par soif, mais non jusqu'à l'ivresse»; que «la mesure de la jouissance dépend du plus ou moins d'application que nous y mettons»; qu'il y a «mesurage à jouir» la vie et «si la faut-il étudier, savourer et ruminer[1068]»? Ce sont presque les mêmes expressions. Mais cette mesure et les calculs, naturels en un modéré comme Montaigne, sont nouveaux chez un fougueux comme Burns. Ils indiquent un abaissement de vitalité qui fait regarder du côté de la sagesse. Et c'était encore une autre façon de revenir à cette idée qui s'établissait en lui, que la vie est indépendante de nous, en dehors de notre création intérieure, que c'est quelque chose avec quoi il faut compter, dont il faut être bon ménager, à quoi il faut, en quelque manière, se soumettre.