Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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Le barreau, ou la Faculty of advocates, comme on l'appelait, qui était la pépinière de la cour de justice, était un corps très brillant et très instruit. Cela tenait à des circonstances particulières. Les fils de famille nobles n'ayant pas, comme en Angleterre, le débouché de la vie publique, se portaient de ce côté. «La Faculté des avocats comprenait la moitié des gentilshommes d'Écosse. La profession de la loi était embrassée par les fils aînés de la gentry, plutôt parce qu'elle conférait une sorte de distinction fashionable que parce qu'ils en attendaient des affaires ou des émoluments. Elle conduisait à une éducation savante ou du moins polie, et donnait une sorte de dignité au-dessus de la pure inactivité. C'est peut-être à cause de cela qu'il y avait, à cette époque, parmi la Faculté des avocats d'Écosse, une élégance de manières, unie à un degré de science et de connaissances générales, qu'on n'aurait pu retrouver en aucune autre compagnie semblable dans aucun autre pays[511].» C'est Henry Mackenzie qui parle ainsi et il avait bien connu le barreau de son temps. En laissant de côté ce que la partie exclusive d'un jugement semblable a toujours de douteux, il reste que la Faculté des avocats d'Édimbourg était une réunion d'hommes remarquables non seulement par leurs connaissances professionnelles, mais par leur culture générale. Elle comptait en 1786 des hommes comme Alexander Fraser Tytler, un historien distingué qui a laissé des Éléments d'histoire générale; Charles Hope, un orateur puissant, qui «avait la plus admirable voix, pleine, profonde et distincte, dont le soupir même s'étendait sur une ligne de mille personnes... une voix qui n'était surpassée que par celle de Mrs Siddons, laquelle venue directement du ciel et digne d'y être écoutée, était la plus noble qui ait jamais frappé l'oreille humaine[512].» Il y avait Maconochie, qui avait voyagé par toute l'Europe et possédait la plupart des langues européennes[513], «penseur indépendant et original et d'un savoir considérable; ses connaissances embrassaient tous les sujets, loi, science, histoire, littérature, et par conséquent étaient peut-être plus variées que précises; sous son labeur incessant, ses renseignements s'accumulaient d'heure en heure. J'avais l'habitude de faire les tournées avec lui et il me semblait également à son aise en théologie, ou en agriculture, ou en géométrie, ou lorsqu'il examinait une montagne, ou démontrait ses erreurs à un fermier, ou réfutait les dogmes d'un clergyman, bien que de toutes ses occupations cette dernière fût peut-être celle qui lui procurait le plus de plaisir[514]». Il y avait Miller, un des hommes les plus cultivés et les plus remarquables de son temps «profond et original en mathématiques[515]»; il y avait Craig, Bannatyne, qui, avec Tytler et sous la direction de Mackenzie, écrivaient dans le Lounger et le Mirror. Craig, qui fut plus tard membre de la Cour de session, allait se trouver mêlé à l'histoire de Burns. Mais la gloire du barreau, «le plus brillant ornement de la profession[516]» dit lord Cockburn, était alors l'éloquent, le spirituel, le charmant, le populaire et généreux Henry Erskine. C'était un grand et irrésistible orateur, d'une parole si riche de beautés classiques, si enjouée, si spirituelle, si claire, si copieuse, si légère et en même temps si sérieuse. «Tout son esprit était un argument, et chacune de ses exquises comparaisons était un pas dans son raisonnement» dit Jeffrey[517]. «Sa gaîté légère était toujours un instrument d'argumentation, il raisonnait en esprit[518]» dit lord Cockburn. Il était aussi célèbre pour son esprit que pour son éloquence. Aux réunions matinales chez le libraire Creech, on apportait le dernier mot de Henry Erskine, toujours piquant et cependant avec quelque chose qui le rendait inoffensif[519]. C'est lui qui, après avoir été présenté au Dr Johnson lequel, bourru brutal, comme souvent, avait mérité une fois de plus le nom de ursa major, s'approcha de Boswell qui menait le docteur dans la société d'Édimbourg, et lui glissa secrètement un shelling dans la main, pour le remercier de lui avoir montré son ours[520]. Il se trouvait au théâtre un soir où un tumulte s'éleva dans le parterre entassé. La cause du bruit était un individu qui, en dépit de toutes les raisons, ne voulait pas s'asseoir; l'affaire se gâtait; Erskine s'avance paisiblement: «Excusez le gentleman, ne voyez-vous pas que c'est seulement un tailleur qui se repose?» L'effet fut tel que l'individu en tomba sur son banc et aurait probablement voulu être dessous[521]. Il était intarissable de bons mots et pendant trente ans il en fournit Édimbourg. Il était la joie et la gaîté de la ville. Il en était aussi l'honneur pour sa droiture, son inflexible honnêteté politique, la sûreté de ses relations, sa bienveillance envers tous[522]. Quand il mourut en 1817, on proposa de mettre sur sa tombe «à l'homme le plus aimé de l'Écosse».