Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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L'Université était dans une période admirable d'éclat[496]. Le Principal était William Robertson, le fameux historien; il avait déjà publié ses trois grandes histoires de l'Écosse, de Charles-Quint et de l'Amérique. Il jouissait paisiblement de sa renommée et de sa grande influence dans le clergé et dans la société d'Édimbourg. Il continuait à prêcher le dimanche ses éloquents sermons, car plusieurs des professeurs de l'Université étaient en même temps pasteurs ou avocats, et exerçaient leur talent dans des fonctions différentes. Le professeur de Belles-Lettres et de Rhétorique était Hugh Blair, également clergyman, qui avait publié ses sermons corrects et châtiés, un des ouvrages les plus lus de la littérature religieuse du XVIIIe siècle. Il venait de publier ses célèbres lectures sur les Belles-Lettres, dont le succès se répandit assez loin pour que, presque un siècle après, ce fût encore un livre de distribution de prix dans un collège français. Ce fut le manuel universel de rhétorique, jusqu'aux livres de Whately et de Bain. C'était Blair qui avait présenté au public les poèmes d'Ossian. Il était le grand maître de la critique littéraire en Écosse et un mot de lui recommandait un ouvrage ou un auteur. Dugald Stewart, abandonnant sa chaire de mathématiques, venait d'être nommé professeur de philosophie morale. Il n'avait pas encore entamé ses publications philosophiques; le premier volume de sa Philosophie de l'Esprit humain est de 1792. Mais il commençait ses conférences admirables de clarté, d'éloquence et d'élévation morale, qui ont fait de lui un des grands modeleurs d'âmes de son temps. «Pour moi, ses lectures furent comme l'ouverture du ciel. Je sentis que j'avais une âme. Elles changèrent ma nature entière[497]» dit lord Cockburn, qui fut un des élèves de ses premières années. «Dugald Stewart, ajoute-t-il, fut un des plus grands orateurs didactiques[498].» Mackintosh disait que la gloire particulière de l'éloquence de Stewart était d'avoir «inspiré l'amour de la vertu à des générations entières d'élèves[499].» Il fut un incomparable professeur. C'était avec cela un des plus honnêtes et des plus accomplis gentlemen de son temps; il semble avoir été, pour l'urbanité et l'élégance des façons, un rival d'Henry Erskine. Le professeur de mathématiques était Adam Ferguson. Il avait été longtemps chapelain d'un régiment de highlanders et ses officiers l'empêchaient difficilement de prendre part au combat[500]. C'était un esprit original et énergique, un peu hautain. Le Dr Carlyle raconte que David Hume disait que Ferguson avait plus de génie qu'aucun d'entre eux, parce qu'il avait maîtrisé une science difficile, la physique, en trois mois, assez pour pouvoir l'enseigner[501]. En effet, Ferguson avait été successivement professeur de physique et de philosophie morale. Il avait publié en 1767 un Essai sur l'Histoire de la Société civile que ses admirateurs considèrent comme une des premières tentatives de «Sociologie», et il venait de publier en 1783 son Histoire des Progrès et de la Chute de la République Romaine, dont les historiens tiennent encore compte. Il avait pour professeur adjoint John Playfair, dont les ouvrages sont des modèles de style scientifique clair, lucide et élégant, qui fait penser à du Fontenelle. Son nom restera attaché à l'exposition de la théorie huttonienne de la Terre. Que d'autres encore il faudrait nommer: Andrew Dalzell le professeur de grec, dont les leçons créèrent, à Édimbourg, le goût de l'hellénisme, qui triomphait à Glasgow avec les leçons du savant Moore et les belles impressions des Foulis; Finlayson, le professeur de logique, raide, précis et sec[502]; John Robinson, le professeur de physique, qui édita les œuvres de Black.