Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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Mais lorsque ces premières impressions plus graves qui saisissent d'abord ceux qui entrent dans une ville historique eurent été satisfaites, Burns put regarder la vie qui s'agitait autour de lui. Quel spectacle, quelles heures d'attardement, quel amusement pour un observateur comme lui, jeté tout d'un coup dans un pareil mouvement! Édimbourg était assurément une des villes les plus pittoresques, les plus vivantes et les plus curieuses qu'il y eût en Grande-Bretagne. Elle avait une originalité qu'on n'aurait pu retrouver ailleurs et qui tenait en partie à la construction même de la ville. Le mur élevé pour la protéger après la bataille de Flodden l'avait longtemps tenue enserrée. Bâties sur des pentes rapides, les maisons s'étaient pressées les unes contre les autres[424], laissant des ruelles plus étroites que des corridors, si bien qu'une des rares où un cheval pouvait passer avait reçu le nom de Cavalry lane[425]. Cela n'avait pas suffi. Cherchant en l'air l'espace qu'elles ne pouvaient prendre sur les côtés, les maisons, entassant étages sur étages, se haussaient indéfiniment les unes au-dessus des autres. Elles atteignaient huit, dix et même douze étages; elles étaient l'étonnement des étrangers qui arrivaient à Édimbourg. «Ce qui frappe d'abord l'œil, dit Smollett, est l'invraisemblable hauteur des maisons, qui généralement s'élèvent à cinq, six, sept et huit étages et en quelques endroits, m'assure-t-on, à douze[426].» «Je lui fis voir, dit Boswell en parlant du Dr Johnson, la plus haute construction d'Édimbourg, qui a treize étages à partir du sol, sur le derrière[427]». La population toujours croissante s'était accumulée en hauteur dans des rues perpendiculaires, selon le mot d'un auteur. Et cette expression est beaucoup moins une image qu'un fait. Un escalier commun[428], en pierre à cause de la crainte d'incendie[429], mal éclairé, aussi peu entretenu que le pavé des rues[430], montait à travers des étages ou plutôt des habitations superposées. On était propriétaire non d'une maison, mais d'un flat ou palier. En montant l'escalier on parcourait toute l'échelle sociale: les étages du bas et ceux du haut étaient généralement occupés par des locataires pauvres; les cinquième et sixième par la bourgeoisie et la noblesse[431]. Dans ces énormes constructions, les existences humaines s'entassaient presque jusqu'aux nuages, jusque dans des caves obscures et dans les profondeurs du sol. Le moindre espace habitable était, selon l'expression de Walter Scott, bondé comme l'entrepont d'un navire[432]. Le jour et la place étaient restreints. Beaucoup de chambres étaient sombres même à midi et ne prenaient qu'un peu de lumière sur une allée obscure; on avait à peine assez d'espace pour les meubles nécessaires[433]. Chaque goutte d'eau employée dans les familles devait être montée par des porteurs au haut de ces interminables escaliers qui étaient ainsi de véritables rues[434]. Ces circonstances imposaient à la vie des conditions particulières. Les gens, empaquetés chez eux comme dans des cabines de bateau, ne rentraient que pour prendre leurs repas et se coucher. De chacun de ces escaliers déroulait, se déversait une foule qui grouillait dans la rue. «Partout on trouvait des symptômes de la densité de la population; la rue ouverte était un marché général; partout un pêle-mêle de populace[435].»