← Table of contents
Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.

Reading edition

Il est inutile d'insister sur ce fait qu'un homme du XVIIIe siècle, à plus forte raison Burns, ne pouvait parcourir une ville comme Édimbourg, avec le sentiment pittoresque et précis des événements passés que possède à présent l'esprit de l'humanité. Le mouvement romantique et historique, qui d'ailleurs allait partir d'Édimbourg même, n'était pas encore né; l'homme de génie qui devait faire revivre, et, comme un grand restaurateur, nettoyer et raviver tous les tableaux d'autrefois, commençait seulement à les contempler et à les aimer. Cependant un certain intérêt s'était déjà éveillé pour les choses d'Écosse. Il y avait vingt-cinq ans qu'avait éclaté un des grands succès littéraires du XVIIIe siècle, l'Histoire d'Écosse de Robertson. L'œuvre de Hume avait paru et mis en relief les faces écossaises de l'histoire britannique[408]. On voit, par les récits de Pennant, de Newte et d'autres, que les stations historiques, que les voyageurs d'aujourd'hui ne manquent pas de faire, étaient faites également par les voyageurs d'alors[409]. Lorsque le Dr Johnson avait passé par Édimbourg en 1773, Boswell l'avait conduit voir les endroits célèbres de la ville. «Nous sortîmes afin que le Dr Johnson pût voir quelques-unes des choses que nous avons à montrer à Édimbourg»; et Robertson «harangua le Dr Johnson sur les lieux qui se rapportent aux scènes de sa célèbre histoire d'Écosse». Pour les Écossais proprement dits, une visite d'Édimbourg était alors une occasion de douleur et de regrets. Beaucoup d'entre eux n'avaient pas encore pris leur parti de l'Union, après un siècle. «Je commençai à me laisser aller à mes vieux sentiments écossais, dit Boswell en racontant qu'il conduisit Johnson voir le palais du Parlement, et j'exprimai un ardent regret que, par notre union avec l'Angleterre, nous eussions cessé d'exister, que notre royaume indépendant fût perdu». Il est vrai que cela lui attira un bon coup de boutoir de Johnson, qu'il accueillit avec reconnaissance et qu'il enregistra avec vénération[410]. On ramènera probablement à ses vraies proportions l'effet qu'Édimbourg produisait sur un voyageur du XVIIIe siècle, en se disant que les gens de cette époque ne percevaient pas la couleur des événements, mais qu'ils en sentaient le côté humain, auquel ils donnaient un tour oratoire et général. Ces choses n'étaient pas pour eux sujets à descriptions et à tableaux, mais à apostrophes et à éloquence.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings