Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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On imagine avec quels sentiments il parcourut le champ de bataille, et suivit sur le terrain toutes les péripéties de la journée. Il vit l'endroit où était campée l'armée qu'Édouard II amenait lui-même, forte de cent mille hommes, une des plus belles du moyen-âge et qui semblait toute d'acier. C'est sur la rive droite du ruisseau du Bannock, par lequel les deux armées étaient séparées[744]. Sur les pentes de l'autre bord, s'étalaient les troupes écossaises, qui ne comptaient pas plus de trente mille hommes. Le ruisseau franchi, on foule le site même de la bataille. Voici la tourbière de Milton, sur laquelle Bruce comptait pour défendre son aile gauche. Voici, sur sa droite, le champ qu'il avait fait creuser de trous recouverts de feuillages et semer de chausse-trapes[745]. Voici l'endroit où le chevalier anglais Henri de Bohun, le reconnaissant au cercle d'or qui ornait son casque, tandis qu'il parcourait les rangs sur un petit poney, vint le provoquer à un combat singulier. Bruce accepta, quoiqu'il eût entre les jambes une monture frêle et à la main une hache de guerre seulement. Quand de Bohun arriva sur lui, lance baissée, de tout le poids de son lourd coursier de guerre, il l'évita en faisant tourner son petit cheval, et se dressant sur ses étriers asséna un coup qui brisa le casque de son ennemi «comme une noisette[746]» et fit éclater le manche de sa bonne hache dans son gantelet de fer. C'était de bon augure. Voici le lieu où les terribles archers anglais, qui savaient envoyer leurs flèches aux défauts des plus fines cottes de mailles de Milan[747] et avaient gagné tant de batailles, furent culbutés par la petite cavalerie de Bruce. Voici l'espace où les fantassins écossais, formés en groupes compacts et hérissés de lances, selon l'exemple récemment donné par les Flamands à Courtrai, brisèrent l'effort de la chevalerie anglaise[748]. C'est ici que les claymores et les haches de Lochaber besognèrent rudement.