Note Retour au Texte Principal — CHAPITRE IV.
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Il devait partir en compagnie d'un de ses amis de l'hiver précédent, William Nicol, maître de latin à la High School d'Édimbourg, l'école où presque tous les garçons de la ville commençaient leur éducation avant d'entrer à l'Université. Ce Nicol était un singulier compagnon avec qui se mettre en route[733]. Ce n'est pas qu'il manquât de qualités. Sa vie était sortie d'un rude vouloir. Fils d'une pauvre paysanne veuve, il avait reçu sa première éducation et les éléments du latin d'un maître d'école ambulant, nommé John Orr, qui s'était instruit tout seul et, incapable de se fixer nulle part, menait une vie de pédagogue nomade. Encore gamin, Nicol avait ouvert une école dans la chaumière de sa mère; mais il fallait que celle-ci fût toujours là; quand elle avait le dos tourné, maître et élèves pillaient l'armoire. De ces débuts, si caractéristiques encore de l'éducation écossaise, il était arrivé à suivre les cours de l'Université d'Édimbourg et à se distinguer. Il était devenu un latiniste remarquable. C'était un esprit solide, âpre, fort, rétentif, semble-t-il. Il avait un cœur chaud et emporté. «Il eût été n'importe où pour aider les vues et les désirs d'un ami, mais quand la basse jalousie, la ruse ou la tricherie égoïste se montraient, son esprit s'enflammait jusqu'à la fureur et la démence[734].» Avec ces qualités, il était grossier, vaniteux, brutal, cynique, colérique et ivrogne. Il était resté un paysan inculte et rugueux; son cerveau avait acquis des connaissances sans en être modifié. C'était un de ces pédants en qui le savoir se tourne en orgueil et cet orgueil en cynisme. C'était un cuistre dans un rustre. Il avait des colères de taureau. Il malmenait et battait ses élèves. C'est lui qui faisait mettre en rang des élèves qu'il avait à fouetter, quelquefois une douzaine. Quand tout était prêt, il envoyait un message aimable à son collègue Mr Cruikshank pour l'inviter «à venir entendre son orgue». Cruikshank présent, il commençait à administrer une flagellation rapide, en montant et en descendant ce singulier clavier, «il tirait des patients, dit Chambers, une variété de notes que, s'il avait été un musicien plus savant, il aurait probablement appelée une bravura». Il faut dire que c'étaient les habitudes scolaires et que, à l'occasion, Cruikshank lui rendait la pareille[735]. Un jour Nicol frappa le recteur de l'école. Celui-ci était alors le docteur Adam, homme excellent, respecté, «si consciencieux, si patient, si aimable, si candide[736],» dont ses élèves conservaient tous un souvenir attendri. C'est lui qui sur le point d'expirer, n'ayant pas perdu le goût de ses classes, dit: «Il commence à faire noir, mes enfants, nous finirons l'explication demain[737].» C'était la nuit de la mort. Il fallait être une brute furibonde pour lever la main sur cet être inoffensif. Dans sa tranquille mansuétude, le docteur Adam était prêt à pardonner à Nicol; il lui écrivit pour lui rendre des excuses faciles[738]. Buté dans sa dure opiniâtreté, Nicol refusa et dut quitter l'École. Il gagna sa vie à donner des leçons de latin et à traduire en latin les thèses des étudiants en médecine. Il mourut en 1797 des suites de son intempérance habituelle. Tel était le compagnon de voyage de Burns. «Qu'un homme se garde de tenir compagnie avec des personnes colériques et querelleuses, car elles l'engageront dans leurs propres querelles» dit Bacon dans son Essai sur les Voyages. Burns était mal tombé; il se comparait lui-même, avec Nicol à ses côtés, à un homme qui voyagerait avec un tromblon chargé et armé[739]. Nicol, avec l'amour du paradoxe, le dénigrement et le mécontentement qui se trouvent chez les gens de son espèce et qui ne sont que les diverses provenances d'un orgueil aigri, était un jacobite fougueux[740]. C'est un point à noter, car il contribua peut-être à la physionomie et aux résultats du voyage.